13 mars 2009

Things behind the sun

J'écoute un peu Nick Drake, et ça me rappelle un soir déjà lointain où l'un de ses albums avait tourné en boucle sur Deezer, un soir qui doit probablement compter parmi les plus agréables, peut-être les plus heureux, que j'ai pu passer dans cet appartement qui ne sera bientôt plus qu'un souvenir, lui aussi. A cette pensée, il y a la nostalgie qui monte un peu, déjà, ou bien encore ; alors oui, c'est vrai, il y a comme une page de plus qui se tourne, ou peut-être est-ce toujours la même page qui n'en finit pas de se tourner (jour après jour les amours mortes n'en finissent pas de mourir) ; oui, c'est vrai, bientôt cet appartement, ce quartier, et tout ce qui leur est lié sera derrière moi. Ça aussi. Les murs blancs saturés de souvenirs. De visages. D'un visage, surtout. Trop longuement présent par son absence. Cette absence que je ne veux plus voir, et que je ne vois plus. Sauf à réentendre ce soir la musique de Nick Drake, qui se fait soudain l'occasion d'une réminiscence impromptue.

Je ne sais même plus si c'était le premier soir, ou le second. Les deux se mêlent dans mon souvenir, mais ça n'a pas d'importance. L'essentiel perce au creux de la confusion, ce sont des gestes, une douceur, une chaleur qui en émanent. Le silence, ou des mots qui n'ont rien à voir, et puis la musique, et la nuit, qui enveloppent tout. Jusqu'au matin où tout a disparu. Laisse une espèce de trou, vague relents d'écoeurement ou d'angoisse, que caresse, apaisant tant qu'il peut, le souvenir de la nuit.

Et puis le temps passe, on ne sait trop comment. Savoir ce que l'on veut, mis à part ce que l'on n'aura pas, difficile. On s'accroche désespérément à ce qui semble, peut-être, le moins pire. Perdue face à perdu. Perdue parce que perdu. De l'acharnement aveugle, on se laisse finalement glisser vers une espéce d'oubli thérapeutique, par une lente atténuation des choses. Au bout de quoi il devient plus ou moins possible d'accepter, une fois de plus, et sans trop d'amertume contre cette connasse de vie qui n'a pas fait les choses comme j'aurais voulu, pas cette fois, que ce dont on a besoin, il va falloir aller le chercher ailleurs. On fait soudain un peu mieux les liens avec le passé, qui s'immisce toujours dans le présent ce con. Qu'il serait bon de congédier une fois pour toutes, c'est vrai, c'est vrai. Mais que voulez-vous, on le sait : les histoires se répètent, en diverses nuances, pour finalement se continuer, et les pages n'en finissent pas de se tourner. Oui : on va toujours là où ça fait mal. Et pourtant, à bien y regarder, il me semble qu'au fil du temps les nuances s'éclaircissent. Que les choses cette fois ont été moins dures, que le bonheur n'a pas été absent. Peut-être la page est-elle vraiment sur le point de se tourner, qui sait. Je sens un fond d'amour, probablement impérissable, pointer ce soir dans ma mélancolie, pour celui qui était là ce soir-là, dont le souvenir remonte à travers la musique de Nick Drake. Et je ne souffre pas.    

Et chaque fois les feuilles mortes te rappellent à mon souvenir
Jour après jour les amours mortes n'en finissent pas de mourir

Posté par Altawabi à 23:52 - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur Things behind the sun

    "les histoires se répètent, en diverses nuances, pour finalement se continuer, et les pages n'en finissent pas de se tourner. Oui : on va toujours là où ça fait mal. Et pourtant, à bien y regarder, il me semble qu'au fil du temps les nuances s'éclaircissent."

    C'est fluide, presque mélodieux.
    Et la musique aura encore inspiré de très belles paroles...
    c'est impressionant ce pouvoir qu'elle a sur chacun d'entre nous, d'éveiller les souvenirs, d'attendrir nos mots...

    A bientot.

    Posté par melie, 21 mars 2009 à 17:03 | | Répondre
Nouveau commentaire