10 mars 2009

« Je suis insaisissable dans l’immanence… »

Je suis crevée et j'en ai marre de faire des fausses manip' qui me volent mes propres mots, ces mots que j'ai tellement besoin de déverser et de pouvoir relire même et surtout s'ils ne racontent que de la merde, sous peine avoir l'impression que ma vie se dissout et se perd dans l'action ; j'ai besoin de ce recul des mots qui seuls me révèlent vraiment ce que je ressens, c'est-à-dire ce que je vis et qui n'existe pas autant sans eux, qui est autant de vie à moitié perdue si je ne la dis pas, seul moyen de lui donner l'épaisseur qui lui manque quand tout va trop vite. Créer, c'est vivre deux fois.

Dans ces mots perdus je parlais de E., des choses qui évoluent vite, de ces gens dont le mouvement universitaire m'éloigne alors qu'ils avaient tellement d'importance pour moi avant et pendant les vacances de Noël, de mon dîner avec E. avant de partir à Toulouse, de ce glissement que je sentais dans la conversation entre un monde où je me tenais et un autre où il restait, de mes idées qu'il ne partageait pas qui étaient pour moi comme des évidences dont je ne pouvais me détacher même si j'avais évidemment conscience de leur caractère non-absolu, du sentiment troublant que ces idées étaient finalement beaucoup plus fondamentales pour moi que ma relation avec lui.

Je parlais aussi de son incompréhension devant l'athéisme, puisque quitte à croire à quelque chose, disait-il, c'est tellement plus beau de croire en Dieu que de croire en son absence. Je ne comprends pas comment je n'ai pas tout de suite pensé à Camus quand je l'ai entendu dire ça, comment je l'ai pas immédiatement renvoyé à lui, au Mythe de Sisyphe ou à l'Etranger. Je crois que ça m'a vraiment frappée de l'entendre dire ça, plus encore que ça ne me frappe en général de voir qu'à la fac il y a tant de personnes qui restent attachées à l'idée d'un Dieu, ou au moins à une forme de mysticisme. Là, c'est surtout son incompréhension qui était frappante, qui m'a même attristée je crois, et m'a fait prendre toute la mesure de ce qui nous séparait. Moi qui suis athée, je crois que mon athéisme ne me cache pourtant pas - loin de là - la beauté que peut avoir la croyance en Dieu. J'aime les cathédrales et la musique sacrée ; si je connaissais un peu mieux les textes de la Bible, sûrement, j'apprécierais leur beauté (et probablement, ce sera le cas un jour) ; j'aime l'atmosphère de recueillement qui règne dans la moindre chappelle ; j'aime les discours de notre ami séminariste sur l'amour dans la religion chrétienne. Mais je ne crois pas au Dieu des chrétiens. Le sentiment que tout ce dont je viens de parler peut provoquer, je le ressens bel et bien ; je ne l'attribue simplement pas à un être transcendant qui aurait créé le monde. Je préfère juste m'en tenir à l'ici-bas, m'arrêter à cette vie. Et ce que cela peut avoir d'infiniment beau, par toute la valeur que cela rend à notre vie terrestre, par le courage que cela demande d'assumer ainsi pleinement notre condition et notre solitude, fait aussi intimement partie de moi que la foi religieuse est essentielle à un chrétien. Et je l'avoue, ça me choque un peu qu'on puisse ne vraiment pas comprendre ce "choix" intérieur, qui se fait sans doute plus ou moins malgré nous. Qu'on fasse un "choix" différent, oui, évidemment. Mais qu'on reste hermétique aux autres, et notamment à celui-là, non.

Sur ce, j'aurai bien parlé de Toulouse, de mes envies de faire du droit, de l'AG de ce midi à la Sorbonne et de mon amour pour cette fac, mais je suis tellement épuisée, je m'en vais dormir.

Posté par Altawabi à 21:52 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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