04 mars 2009

Il ne savait pas que d'aimer, ça tue les oiseaux

Cette fois, je fuis vraiment. Je pars à Toulouse ce week-end pour la coordination nationale étudiante. R. m'a remerciée de m'être présentée à sa place, mais je crois que ça n'avait rien d'un sacrifice, j'ai simplement sauté sur l'occasion - même si j'ai un peu hésité comme on hésite un instant devant le vide. Je ne suis pas à l'aise pour parler en public, et puis partir comme ça passer un week-end dans une ville inconnue avec des gens que je ne connais pas non plus, dormir par terre dans un amphi, loin de tout ce qui serait susceptible de me rassurer, ça m'inquiétait tout de même un peu. Mais l'envie était la plus forte. Prendre le train, fuir, fuir, fuir. Comme si ici non plus de toute façon, ni même à Quimper, il n'y avait plus de quoi me rassurer. Je crois que c'est Toulouse qui m'attirait aussi, la ville rose paraît-il, c'est autre chose qu'Angers, dans l'idée que je m'en fais du moins, probablement aussi parce que mes cousins habitaient ce coin-là en un temps où ils avaient pour moi une importance démesurée, et puis maintenant il y a E. qui a des amis là-bas, Toulouse c'est un peu chez lui. Alors c'est un peu comme si j'allais y retrouver quelque chose d'eux, d'E. et de mes cousins, ou plutôt de ce que mes cousins ont été pour moi il y a longtemps. Oui, c'est idiot.

Sinon j'intitulerais bien mon TP "L'invisible chez Magritte et Merleau-Ponty", je trouve ça joli et intriguant, ça me motive pas mal l'idée de travailler sur l'invisible, surtout chez ce philosophe qui a réveillé mon goût pour la philo - et pour qui l'invisible est précisément un concept central -, et chez un peintre rattaché au surréalisme, ce mouvement qui a un peu bercé mon été, entre mes lectures de Breton, de Lautréamont et de Desnos. Mais évidemment j'ai peur que ce soit un peu casse-gueule comme sujet, de m'embarquer dans un truc impossible encore. Et puis j'ai peur du trop de lectures à faire, moi qui suis une piètre lectrice. Mais bon, il faut que j'envoie un mail à mon prof de TD de philo de l'art pour lui en parler, il saura me recadrer s'il faut. Sinon je peux lui proposer de travailler sur Klee, ce sera plus simple étant donné que Merleau-Ponty en parle directement, avec un intitulé du genre : Qu'est-ce qui donne aux recherches picturales de Klee la dimension métaphysique que leur attribue Merleau-Ponty ? - mais j'avoue que ça m'enthousiasme moins.

En tout cas si Merleau-Ponty était encore en vie je crois que je lui écrirais une longue lettre pour le remercier d'avoir écrit des textes capables de me passionner comme ça. Je ne pensais plus que ce soit possible. "Il faut prendre à la lettre ce que nous enseigne la vision : que par elle nous touchons le soleil, les étoiles, nous sommes en même temps partout, aussi près des lointains que des choses proches, et que même notre pouvoir de nous imaginer ailleurs - 'Je suis à Petersbourg dans mon lit, à Paris, mes yeux voient le soleil' (Robert Delaunay) - de viser librement, où qu'ils soient, des êtres réels, emprunte encore à la vision, réemploie des moyens que nous tenons d'elle." En relisant ce passage ce matin dans le métro je n'étais plus sous terre, mais je voyais bel et bien le soleil, comme cette piscine qu'il décrit un peu plus tôt, il me semble que je la vois mieux à travers ses mots que si elle était là devant moi. Et je trouve ça extraordinaire que des mots, qu'une pensée en fait puissent me faire un tel effet. Quand je suis dedans j'arrive presque à oublier le reste, c'est comme si enfin j'avais trouvé quelque chose qui m'intéresse vraiment, qui me passionne peut-être (j'ose à peine le dire.) J'ai toujours rêvé de pouvoir me réfugier dans les mots d'un philosophe - ou de n'importe quel écrivain, ou autre chose, peu importe, un tableau, de la musique - comme on se réfugierait dans les bras d'une mère, mais toujours il m'a semblé que ça ne pouvait pas être possible, que ce serait trop facile, puisqu'un livre, contrairement à une personne, ça ne peut pas vous abandonner. Chaque fois que j'ai cru trouver, j'ai eu le sentiment de tricher, de juste vouloir à tout prix voir un refuge là où il n'y en avait pas. Et pourtant cette fois il me semble que je ne peux pas me tromper, que ça ne peut qu'être vrai : enfin, je tiens quelque chose à quoi m'accrocher quand tout se casse la gueule autour de moi.

Posté par Altawabi à 23:39 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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