25 février 2009

J'aimerais bien poster un message un peu consistant, autre chose qu'une nature morte de Cézanne qui voudrait signifier un truc dans le genre le langage m'agresse alors je me réfugie dans la pensée muette de la peinture (ce qui sent le Merleau-Ponty à plein nez, je l'avoue), mais je ne sais pas si je vais y arriver. Il me semble que ce que j'ai à écrire est ailleurs, et ne peut pas trouver refuge cette fois dans le quasi-anonymat (que j'aimerais complet, mais que ma flemme de déménager ce blog pour l'écarter des derniers regards connus qui sont encore susceptibles d'y passer condamne à demeurer partiel) de ces caractères grisâtres. C'est tellement plus facile ici, et ça le serait tellement plus encore sans cette flemme ; mais, ça n'a pas le même sens ; ici, les mots sont en retrait, spectateurs en quelque sorte, de ma vie - ils essayent de la voir, de la faire voir, de me la faire voir ; ceux que je crois devoir écrire maintenant seraient impliqués dans ma vie, ils ne la regarderaient plus simplement s'écouler en tentant de la décrire de loin (et si la description est maladroite, ratée, si elle tombe à côté de la réalité, ce qui est presque inévitable, ce sera sans conséquences), mais ils en fixeraient quelque chose, parce que passé le temps de retrait qui est celui de l'écriture, ils auraient ensuite leur rôle à jouer dans ma vie, comme l'un des (plus ou moins) subtils engrenages de sa grande mécanique. Et une fois ce rôle en marche, une fois entrés dans le jeu des causes et des effets dont ils se tiennent habituellement à l'écart, les mots n'ont plus le pouvoir de faire fluctuer ce qu'ils sont, ils ont fini de n'exister qu'à moitié, d'être comme provisoires, en suspens ; ils ont agi, transformé le cours des choses, et se doivent en quelque sorte de répondre de leurs actes : ils sont ce qu'ils sont - à la virgule près - qui a provoqué tel effet, rien d'autre : et leur fixité nouvelle de chose fixe et trahit ce que ma vie a de fluant et d'insasissable, mais puisque malgré leurs inévitables erreurs c'est bien cette vie qu'ils voulaient dire, ils lui donnent un corps, dans lequel elle ne saurait se reconnaître tout à fait, mais qui seul est capable de prendre et assumer le risque de la faire être sous les regards.

Posté par Altawabi à 23:30 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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