03 mars 2009

Puis toujours ce temps qui nous porte, c'est pas nous qu'on choisit

C'est marrant l'impact émotionnel que peuvent avoir sur moi, encore et toujours, les chansons des Têtes Raides. Chaque fois c'est pareil, ça réveille en moi des choses que d'ailleurs je n'identifie pas vraiment, mais quelle que soit la chanson à les entendre je me sens tout à coup...

Et merde non j'en ai marre de faire des phrases.
Je n'y arrive plus.
Ecrire ce que je vis, ce que je ressens, je voulais en faire la seule chose qui m'importe. Mais c'est tellement dur, et souvent tellement tentant de fuir. Je n'ai pas tenu. Ce que je ressens, il me semble que je n'en sais plus rien.
Quant à la fameuse phrase, j'ai beau l'écrire plus qu'à l'accoutumée, je la sens plus vide que jamais.

(Sans transition) R. et T. se sont séparés et R. est un peu dans la merde parce qu'elle n'a plus vraiment d'endroit où loger sur Paris, mais comme c'est elle qui a décidé de partir je crois que R. se sent comme un oiseau près de s'envoler, et même si ça lui fait peur et qu'elle est un peu triste de quitter le feuillage de l'arbre où elle était perchée (bonjour l'image de merde) et d'y laisser T. triste et seul même s'il le dit à peine, à la fois je crois que ça a quelque chose de grisant. Elle m'a dit qu'elle ne savait pas pourquoi elle était partie, que la question tournait en rond dans sa tête jusque dans le sommeil où je crois qu'elle fuit la réalité (et comme je la comprends), mais elle ressentait le besoin de le faire et je crois que c'est l'essentiel. Je n'arrive pas à m'empêcher de penser à T., je me demande comment il va et je crois que j'aimerais bien en parler avec lui, et de son attitude bizarre à mon égard aussi. Mais je ne le voyais qu'avec R., alors maintenant, je ne sais même pas si j'aurai l'occasion de le revoir, et même si ça m'attriste c'est peut-être mieux. Dans le fond cette rupture me chagrine, j'aimais bien aller chez eux place de Clichy, qui n'est maintenant plus que chez lui et où je n'irai probablement plus ; et puis c'était plus facile, les relations avec T. tant que R. était là et interdisait radicalement toute connerie de ma part. J'ai d'ailleurs l'impression d'en parler comme de relations de longue date, alors que ce havre que représentait pour moi l'appartement en bordel où on ne mange que dans de l'argenterie parce qu'il n'y a que ça qu'y ont laissé les parents de T. et où trône au milieu du foutoir sous une pile de partitions, bouquins et papiers en tout genre un piano à queue, ce havre comme je le disais plus haut je n'y avais encore mis les pieds que trois ou quatre fois - mais déjà je l'aimais. Et voilà qu'à peine découvert ce nouveau refuge s'évapore.

Il n'y a toujours pas cours à Clignancourt et je n'arrive pas à travailler. Chez VRIN je suis tombée sur la thèse de mon prof de grec et je crois que cet adorable monsieur si simple et si gentil avec ses étudiants m'est encore plus sympathique maintenant que je sais d'une part qu'il a touché à la philo et d'autre part qu'il a un niveau d'études qui pourrait lui faire négliger un peu ses petits étudiants de licence, qu'il est pourtant très loin de négliger. Ce monsieur un peu bordélique et très humain est en fait aussi agrégé, docteur et chercheur, c'est à dire que j'ai affaire à un intellectuel d'un haut niveau ; ça me plait ça, un intellectuel qui contredit un peu les clichés du genre pour réussir ses études il faut être très sérieux et rigoureusement organisé, ça me rappelle un peu le jour ou M. m'a dit "ah bah je pensais pas que t'étais bordélique comme ça toi", ça m'avait fait secrètement plaisir de l'étonner, de ne pas coller à l'idée qu'elle se faisait de la major de l'amphi.

Et puis il y a ce sujet de TP qu'il faut que je définisse, ça me semble tellement casse-gueule et tellement de boulot de mettre en rapport l'Oeil et l'Esprit de Merleau-Ponty et l'oeuvre de Magritte, d'abord je ne suis pas sûre du tout que ce soit pertinent, j'ai l'impression que Magritte ne s'intègre pas du tout dans les "recherches de la peinture moderne" telle que les définit Merleau-Ponty ; je me demande si je ne vais pas me contenter d'un commentaire du bouquin, c'est sur lui que je voulais me concentrer après tout, si je fais entrer Magritte en jeu j'ai peur de devoir déborder sur le reste des textes de de Merelau-Ponty sur la peinture et c'est déjà assez difficile comme ça de comprendre l'Oeil et l'Esprit pour que ça ne me donne pas envie d'aller me perdre en plus dans d'autres bouquins d'une épaisseur autrement plus impressionnante, en tout cas pas dans les quelques semaines dont je dispose avant de rendre ce travail. Mais bon, d'un autre côté, laisser tomber Magritte, ce serait choisir la facilité, un peu lâchement, et je suis sûre que même si pour l'instant c'est encore très flou pour moi, entre la pensée écrite de Merleau-Ponty et la "pensée peinte" de Magritte il y a des comparaisons passionnantes à faire.

A part ça hier soir après le coup de fil de R. qui m'a parlé de sa rupture, elle qui parle si rarement et si difficilement de ce qu'elle ressent, et après avoir laissé les spectres de R., de T. et de leur relation désintégrée traîner longuement en marge de mes pensées, j'ai écrit dans un état un peu bizarre un texto encore sans réponse dont je me suis par la suite longuement efforcée de chasser le souvenir, au cours de la journée. De même, en entendant à l'instant une partita de Bach succéder dans mes enceintes au dernier morceau de l'album Fleurs de Yeux des Têtes Raides, j'ai immédiatement changé de morceau, probablement pour ne pas me souvenir que c'est E. qui m'avait filé cette partita. Il y a des gens comme ça à qui il est devenu douloureux de penser. C'est d'ailleurs probablement pour ça que je ne sais plus ce que je ressens, et que j'ai l'impression de ne pas ressentir grand chose. Je fuis.

[EDIT, 22:39 - C'est dingue comme ça peut tout à coup me rassurer de voir tous ces mots remplir la première page de ce blog.]

Posté par Altawabi à 20:54 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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