09 février 2009

Je ne comprends pas. Tout à l'heure dans l'amphi Richelieu j'écoutais le discours de la présidente de Sauvons la Recherche et tout d'un coup j'ai eu envie de pleurer. J'en ai grogné contre moi-même, pauvre petite hystérique que tu es, ravale-moi ces larmes ridicules. Mais plusieurs fois un peu d'eau salée s'est accumulé au bord de mes paupières. Pas plus loin. C'était presque assez pour avoir un peu honte. Étonnement, surtout : cela faisait des mois que je ne pleurais plus. Que même dans les moments de déprime mes yeux restaient secs. Pourquoi aujourd'hui ? Pourquoi en écoutant ce discours ? C'était beau, c'est vrai, ce rassemblement de toute sortes d'idéalistes, enseignants, chercheurs, étudiants en lettres et sciences humaines, peut-être même y avait-il des scientifiques dans la salle, tous réunis dans le grand amphi de la Sorbonne pour défendre des valeurs derrière lesquelles on ne peut plus se ranger sans se voir accusé de conservatisme. Un moment historique, dont on n'a même pas parlé aux infos, haha.  Pourtant ce sont eux, je veux dire c'est nous, qui avons raison, je crois (et quand je dis croire, je pèse mes mots.) Il y a ce moment où je me suis dit, oui, après tout, mastérisation ou pas, et quels que soient les bâtons que le gouvernement me mettra dans les roues, un jour j'enseignerai. Et même si je dois perdre je me battrai (dramatisons.) Je ne chercherai à convertir personne (je n'ai pas l'âme d'une militante et le militantisme m'ennuie, quand il ne m'agace pas), mais je me battrai, pour ces valeurs qui font rire d'être presque trop simples, trop vieillies, pas assez réalistes dit-on, et puis trop adolescentes d'être à contre-courant dans cette société ; un truc de jeune rêveur un peu simple d'esprit, n'est-ce pas, et même pas original (c'est plus original d'être capitaliste, évidemment.) Le savoir désintéressé, la coopération plutôt que la concurrence, l'intégrité intellectuelle plutôt que la course à la notoriété, la liberté des étudiants, l'enseignement plublic, laïc, gratuit et jusqu'à un certain niveau obligatoire. Ce genre de choses. Je ne veux plus culpabiliser de défendre un soit-disant luxe superflux. Le savoir n'est pas un luxe réservé à des privilégiers, ou bien il ne devrait pas l'être. Tel est bien l'objectif de l'enseignement public et gratuit. Je ne veux pas réfléchir non plus en termes pragmatiques. Ce ne sont pas tant les "simples" conséquences pratiques d'une réforme qui m'intéressent que les valeurs qui se cachent derrière. Au service de quel dieu sommes-nous, comme dirait Weber. Et j'ai bien failli pleurer, là, isolée au milieu de cette mer de visages inconnus, à écouter ces discours qui m'émeuvent un peu trop. Quand je suis sortie de là il pleuvait, et c'était vraiment étrange de voir que dehors, au pieds même des murs de la Sorbonne, la vie continuait comme si de rien n'était, les gens marchaient dans la rue, se cramponaient à leurs parpluies sans se douter de ce qui était en train de se jouer, là, à quelques mètres d'eux, au cœur de cette bâtisse qu'ils longaient sans la voir. J'ai marché, rue des Ecoles, pour rejoindre Odéon, et j'ai pensé au cinéma, à mes longues errances dans le quartier latin quelques semaines auparavant, à Florence qui disait qu'il n'y a pas de hasard. J'ai repensé aussi à Clignancourt où j'étais retournée ce matin-là après quinze jours d'absence, et je me suis dit que c'était un endroit bien triste et froid sans la présence de certaines personnes. Alors, sur le trottoir trempé de pluie où mes pas recouvraient sans laisser la moindre trace ceux de tant d'autres personnes qui avaient du le fouler dans la même journée, je me suis sentie un peu seule. De ces solitudes comme elles vous tirent des larmes, parfois.

Posté par Altawabi à 23:50 - Commentaires [4] - Permalien [#]


Commentaires sur Je ne comprends pas. Tout à l'heure dans l'amphi

    Salauds d'droitistes !

    Posté par gweno, 10 février 2009 à 22:00 | | Répondre
  • j'avais pas lu cet article, j'aime beaucoup ta façon de parler de tout ça...

    sinon t'as eu de la chance d'être rentrée à Richelieu ce jour là, je me suis tapée Descartes avec les étudiants syndiqués c'était autre chose (lol)

    Posté par mydearwolf, 14 février 2009 à 09:25 | | Répondre
  • Ah, Descartes, c'est là que nos "amis" de l'UNEF se sont prononcés pour la masterisation, non ? ^^

    Richelieu, je n'ai pu y entrer qu'après le départ des présidents d'universités, pour l'AG des profs ; ça s'est vidé un peu à ce moment là.

    Posté par Altawabi, 14 février 2009 à 10:31 | | Répondre
  • ah ok j'aurais du y faire un tour alors

    je ne devais pas être là quand l'unef s'est prononcé pour la masterisation (bizarrement ça ne m'étonne même pas d'eux) mais par contre j'ai assisté à divers sketchs très drôles comme : un membre du NPA venu défendre l'étude du grec et du latin mais qui a profité de l'occasion pour faire la pub de son parti, un étudiant brandir son article sur le langage en hurlant que le décret compromettrait le succès annoncé et étincelant de celui-ci (?!) et un soi-disant vote sur le contenu du texte qu'un étudiant (auto-désigné...)voulait aller lire à Richelieu. D'ailleurs comme personne ne se mettait d'accord sur les revendications il en a profité pour partir comme un voleur xD

    Posté par mydearwolf, 15 février 2009 à 14:47 | | Répondre
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