30 janvier 2009
Au mégaphone.
Je ne sais pas.
(...si vous saviez comme ça soulage !)
Je pense à toutes ces choses qui se bousculent en moi depuis longtemps maintenant, ces mots contenus qui depuis des mois balbutient à peine sous le silence dont je m'enveloppe, ces pages remplies de phrases adressées à des yeux qui ne les liront jamais, toujours les mêmes yeux. Je pense à tout ce que je n'ai jamais dit aux gens que je ne leur dirai peut-être jamais. Et j'ai envie de hurler pour qu'ils m'entendent de l'autre côté des kilomètres qui nous séparent, mais c'est un hurlement informe qui ne parvient pas à trouver les mots dans lesquels prendre corps, les mots dans lesquels se trouver lui-même pour donner enfin naissance à sa propre vérité. Car je sens la vérité cogner sous ma poitrine, mais dans l'absence de mots elle demeure aveugle et quand j'ouvre la bouche pour parler, l'air ne résonne finalement que d'un long soupir d'impuissance. Les yeux fendus j'entends pourtant une phrase tourner dans ma tête, toujours la même, avec la même violence brisante ; mais c'est une phrase tellement connue qu'elle est aussi aveugle que l'expérience nue, et je me sens incapable de la prononcer, parce que si je l'entendais sortir de ma gorge, je crois que j'aurais plus que jamais le sentiment insupportable de me taire.
Cette phrase commence par un prénom.
26 janvier 2009
Goutte d'eau
Voilà de quoi cacher le précédent article, avec tout ce qu'il peut avoir de ridicule. (Car qu'est-ce que j'y connais à la vie, après tout.) Je voulais aussi parler de quelque chose ; de quoi, je crois que j'en ai une vague idée, mais les mots ne se laissent pas poser dessus, dirait-on. Un sentiment bizarre, comme beaucoup finalement : contradictoire, où se mêlent à la fois quelque chose d'heureux et quelque chose de blessant. Il y a des choses que je n'ai toujours pas appris à dire. Un soir je sors du cinéma illuminée par l'évidence de paroles qu'il y aurait à prononcer, de gestes qu'il y aurait à faire, mais dès que les autres sont là c'est comme si le monde n'était plus le même, comme si ces gestes à faire, ces choses à dire, ne l'étaient pas dans ce monde-ci, mais dans un autre, ailleurs, un monde d'évidences qui a disparu et que l'on attend de voir resurgir, mais qui, sous leurs yeux, ne resurgit pas.
J'ai l'impression que je cherche toujours à avoir le sentiment de devoir quelque chose aux autres. Simplement parce que ce serait beau d'avoir des raisons de dire merci, parce que notre "bonheur", disons, ce qui participe à nous aider à nous lever le matin, ne saurait avoir d'intérêt que rattaché à des gens. Comme si chercher à se suffire à soi-même, ce n'était pas drôle, ou je ne sais pas, pas assez beau, encore une fois. C'est ça, chercher à se sentir redevable, ou reconnaissant, juste pour la beauté du sentiment. Pour que ce sentiment remplisse un peu notre vie, et nous porte. Théâtralement. Ridiculement. Jusqu'au besoin féroce d'écrire des merci même là où il n'y a pas lieu, sous peine de perdre pieds. Je vous aime, etc.
Et si finalement je ne devais rien à personne ? Est-ce que ce serait si grave ? Un peu triste, sans doute ; mais libérateur, aussi. A quoi bon toujours chercher ce que l'on doit aux autres, quand probablement, bien souvent, on ne leur doit rien. Peut-être faudrait-il regarder le vide en face. Pas de scènes théâtrales de remerciements à tout bout de champ, seraient-elles purement intérieures et silencieuses. Pas d'amour exagéré qui vient cogner dans la poitrine comme un forcené...
Pas comme un forcené, non, c'est peut-être ça la clef.
22 janvier 2009
C'est fragile
Demain, partiel de philo générale. Je n'ai pas énormément révisé, et je m'en fous presque. J'ai eu ma mère au téléphone tout à l'heure, qui m'a appris qu'un petit cousin m'est né à Moscou en début de semaine. Maxime. Mon premier petit cousin, à moi qui n'aurai jamais de neveux ou de nièces. Et ça me fait tout drôle. Je n'arrive pas à m'enlever de la tête de vagues images de naissance, il y a du sang, j'ai du mal à voir le visage de la mère, le gamin crie en sentant l'air entrer pour la première fois dans ses poumons, j'ai envie de lui dire courage petit gars, bêtement des larmes pointent presque dans mes yeux toujours trop secs, et je souris et j'ai envie de rire à la fois, tu verras Maxou la vie ça vaut le coup, ouais on dirait pas comme ça hein, à première vue ça donne pas trop envie, mais tu verras... Oh c'est clair ce sera pas drôle tous les jours, y'a des fois t'auras envie que ça s'arrête et tu maudiras ta mère de t'avoir donné le jour, comme tout le monde, y'aura la peur de la mort et les jours où on flirt avec elle, y'aura le chagrin, la solitude, et puis l'ennui. Mais y'aura la joie, aussi. Et puis c'est même pas une question de compensations après tout, ça rime à rien de faire de compte des plaisirs et des peines. Mais je sais pas. Parfois tu marcheras tout seul dans une rue qui sera peut-être froide, peut-être que tu auras des pensées heureuses, ou bien une espèce de vide lancinant sous ta poitrine, des larmes retenues ; mais tu sentiras le vent dans ta figure et tu te diras : je suis en vie ; tu sentiras le sel de tes larmes sur le bord de tes lèvres, et tu te diras : je suis en vie ; tu sentiras un sourire crisper malgré toi les traits de ton visage, et tu te diras : je suis en vie. Et ça te semblera tellement dingue et tellement fragile que t'auras envie de serrer de toutes tes forces le vent dans ton poing, joyeux ou triste, tu mordras dans la joie ou la tristesse à pleines dents. Et tu verras, même si le bonheur c'est une arnaque, tu te diras, toi aussi : ça vaut le coup, d'être vivant. Juste vivant.
Bienvenue sur terre, p'tit gars !
21 janvier 2009
Voilà qu'une fois de plus, j'en ai assez de ce blog. Et pourtant, cette fois encore, quelque chose me dit que je ne vais pas le fermer. Je regarde partout autour de moi et ne sais plus très bien ce que j'y cherche. D'ailleurs, je n'ai probablement jamais su. A chaque objet qui attire mon attention (lorsqu'elle se décide enfin, mais seulement parce qu'il le faut, et de façon absolument arbitraire, à s'arrêter quelque part), je me sens comme forcée d'aimer ou non ce que j'y vois, de m'en sentir proche, ou étrangère. Mais souvent je ne sais plus. Trop de brusques changements de trottoir (pour un observateur extérieur, ce doit être amusant, ma foi, de me regarder déambuler dans Paris, moi qui ne sais jamais où je vais, m'arrête brusquement, fronce les sourcils, reviens sur mes pas, hésite pendant plusieurs minutes entre deux directions en grommelant contre moi-même d'être toujours si indécise), de pavés contre lesquels on trébuche, de réverbères en travers du chemin, je veux dire : comme un simple mot auquel on ne s'attendait pas peut soudain transformer le grand fauteuil moelleux dans lequel vous étiez paisiblement installé (depuis, il est vrai, quelques secondes à peine) en tabouret de spartiate ! Et la vie n'est faite que de cela : de canapés qui se transforment en bancs rudimentaires dès qu'on fait mine de s'y asseoir. Cela arrive tous les jours, ou presque. On voudrait (par un réflexe bizarre) s'efforcer de rester assis pourtant, se persuader qu'on est bien, là. Mais non. Il est trop tard : on est dérangé, et par là déjà de retour sur nos pieds, qui nous entraînent à nouveau vers des lieux incertains.
(...)
En sortant du cinéma l'autre jour, j'ai écrit. Je me suis couchée heureuse d'avoir senti les mots couler tout seuls, comme ils ne l'avaient pas fait depuis longtemps, de les avoir sentis pleins de vie, de bourgeons et de promesses. Puis, quelques jours plus tard, aujourd'hui, je me suis relue. Et je crois que j'ai compris avec déception que ce que j'avais écrit n'avait aucun intérêt. Pire : c'était niais. On ne se défera jamais du niais. Je ne veux pas du cynisme non plus pourtant, ni même de l'ironie. Je ne crois pas, de toute façon, que ce soit une histoire de ton. Je ne sais pas. Je n'ai même plus envie de dévorer les livres pour chercher à percer leur secret. Je sens, dans un soulagement mêlé de tristesse, cette espèce de vœu d'humilité vieux de la terminale qui me rattrappe doucement, cette idée de suicide littéraire à Bruxelles, l'envie d'abandonner toutes ces bêtises auxquelles je n'ai probablement même pas le droit de toucher. Mes yeux tombent sur la Critique de la Raison Pure qui traîne par terre, et je lui souris comme à un vieil ami un peu marginal qu'on aime précisément parce qu'on sait qu'on ne comprendra jamais vraiment son délire, mais qu'il ne nous en voudra pas.
19 janvier 2009
« Et elle est à vivre, la vie. »
Je me sens vulnérable, mais comme avec au devant de moi quelque chose qui s'éclaire.
17 janvier 2009
Mots perdus
"C'est pour ça que je t'aime bien, parce que tu es quelqu'un qui cherche. Ça se sent. Et c'est quelque chose de précieux."
C'était quelque chose comme ça, et peu importe la suite.
Moi aussi je t'aime bien, Elie.
Parce que tu sais dire aux gens que tu les aimes bien. Parce que tu ne crois pas que tu trouveras la vérité dans des livres. Parce que la philo, pour toi, c'est un questionnement sincère, pas une affaire d'érudition. Parce que même si finalement on ne s'est pas énormément parlé, tu es une des quelques personnes pour qui je n'ai pas l'impression d'être totalement invisible, que même quand je reste dans mon coin tu viens me chercher parfois. Parce que tu ne passes pas ton temps à m'emmerder comme un gamin comme tu le fais avec certaines filles que tu mettrais bien dans ton lit. Parce qu'à côté de ces moments où tu fais le con et où on se demande quel âge tu as, tu sais parler avec sérieux de tes sentiments pour ta copine, et de tout ce qu'on ne prend pas toujours assez au sérieux.
Etc. etc. etc.
Et je suis désespérée à l'idée de ne voir sans doute personne du week-end.
Et je vous aime les amis, même si je ne vois pas tellement l'intérêt de l'écrire ici où vous ne le lirez jamais.
...
J'ai parfois l'sentiment bizarre
Quand j'me réveille de rêves flous
D'avoir oublié quelque chose sur l'trottoir
Juste devant la porte d'une maison d'fous
J'ai parfois l'sentiment étrange
D'avoir un truc, une boule de mots
Coincé comme un drôle de mélange
Dans l'fond d'ma gorge, un truc trop gros
Un truc qui voudrait pas passer
Qui déserterait mes pensées
Un truc que j'aurais égaré
Dans l'fond d'mon coeur, truc insensé
J'ai parfois l'sentiment bizarre
Au creux d'la foule des gens qui courent
De me r'trouver tout' seule au milieu de nul' part
Poursuivie par un truc qui pèse un peu trop lourd
J'ai parfois l'sentiment étrange
Qu'il y'a quelqu'un à qui j'dois dire
Un truc trop dur qui me dérange
Et qui n'veut surtout pas sortir
Un truc que j'aurais pas vécu
Et qu'j'aurais trop vite oublié
Un truc enfoui, des mots perdus
Un truc que j'voudrais pas m'avouer
...
Je pourrais vous le dire, mais je ne peux pas parler, je me sentirais trop vulnérable ; alors qu'écrire, c'est se taire, n'est-ce pas ; c'est à dire qu'à défaut d'affronter les regards, on peut toujours s'adresser au vent, qui souffle et ne répond rien.
09 janvier 2009
Le cœur frigorifié, dit-il
08 janvier 2009
Je me relis et m'agace à chacun de ces stupides points-virgules qui se veulent depuis trop longtemps rempart contre toute vexante accusation de parodie de Marguerite Duras. Et je baille. Je ne sais pas me servir des points-virgules, c'est un fait. Qui d'ailleurs n'est pas si grave. J'écoute les nocturnes de Chopin, et un semblant de mélancolie me gagne, bien que dans le fond je ne me sente pas si mal. Plus tranquille et moins nerveuse qu'hier, du moins. Et pourtant, demain est le dernier jour de cours du semestre ; ce qui signifie que bientôt, pendant quelques temps, je ne vais à nouveau pas savoir quand ni comment les revoir (haha, il y a un point-virgule dans cette phrase.)
Finalement, je crois que j'aime profondément le quotidien. Les jours qui se suivent et se ressemblent un peu. La certitude de voir certains bons moments revenir. Savoir par exemple que le lendemain, je vais à la fac, et que si jamais ils ne sont pas là, sans doute ils y seront au moins le surlendemain. Que les circonstances feront que je les verrai, sans que j'aie à sortir mon portable de ma poche et à me demander pendant un bon moment si j'appelle ou si je n'appelle pas, et si j'appelle, ce que je vais dire - moi qui bafouille toujours au téléphone.
Je me souviens de cette nuit à Quimper où je me suis réveillée en sursaut, en me disant tout d'un coup avec détresse que peut-être, l'an prochain, certains profiteraient d'ERASMUS pour partir. Et on se retrouverait dispersés, et je les perdrais de vue, évidemment. Je crois que j'ai eu du mal à me rendormir.
Et je n'y comprends rien. Comme d'habitude, en sortant du métro à Denfert samedi soir je me suis sentie déborder d'amour pour Paris, et me suis juré de ne plus la quitter avant longtemps, serait-ce pour un simple week-end à Quimper. Lundi, j'étais heureuse de voir Raphaëlle, Florence, Elie, Etienne. Mais mardi, au lieu de discuter pendant des heures après le déjeuner, on est allés s'enfermer à la bibliothèque, et on a lu, en silence. Le dîner rue Descartes après la réunion ERASMUS m'a laissé un goût presque amer. Pas autant de plaisir que je l'aurais cru. Est-ce moi ? Ou de l'autre côté, aussi ? Mercredi, avant d'entrer en logique, Etienne parlait avec Damien, et je n'ai pas trop su me joindre à la conversation. Au moment de déjeuner, j'ai annoncé qu'on mangeait dehors avec Florence ; voilà les autres partis vers la cafet', et tout le monde séparé un peu brutalement. Me suis maudite de ma phrase. Et puis le ciné et le japonais avec Florence, la petite discussion qu'on a eu avant et après m'ont fait un peu de bien. Aujourd'hui, je n'ai vu personne. Eu deux brèves fois Elie au téléphone pour des questions de révisions. "Je t'embrasse" dit-il en raccrochant la deuxième fois. Un peu surprise, je réponds simplement "salut", et je raccroche. Me souviens avec agacement contre moi-même de mes hésitations bêtement timides à faire un geste, hier après-midi, quand Florence, la main dans les cheveux de monsieur, me dit, "touche, là, y'a une bosse." Hmpf. J'ai l'impression aussi, à essayer de paraître enjouée, de ne parvenir qu'à être un peu trop agressive derrière d'insupportables sourires crispés que je ne contrôle pas. M'énerve.
Le matin en m'éveillant je crois trouver à ma droite un espace vide et un peu plus loin la table noire qui me sépare de la fenêtre, à Quimper ; mais je me cogne au mur blanc de la petite chambre de Paris - descente à gauche. Je m'étonne : pourtant, je me croyais contente d'être rentrée. L'espèce de nausée qui accompagnait mes journées en Bretagne m'a quittée, mais ces réveils bizarres me dérangent. Et ce qui me trouble encore plus, c'est que certaines certitudes que j'avais cru me redécouvrir avec soulagement pendant les vacances semblent avoir soudainement disparu de la circulation. J'ai beau les chercher en moi le matin sur le quai du métro, elles sonnent creux et je me sens froide comme la pierre à leur contact. Comme si, à peine venu le sentiment d'avoir enfin entrevu ce que je voulais, il s'était immédiatement changé en un trou plus béant que jamais. Serait-ce le besoin, encore une fois, de ne pas voir quelque chose, et qui par là me distancie de tout ? Mais, ne pas voir quoi ? - Et je revois ma mère pleurer sur le quai quand le train commence doucement à bouger pour m'emporter au loin.
[EDIT - 19:52 : Je prends de nouveau plaisir à écouter Bach. Un bon signe, je crois.]
05 janvier 2009
Mais j'aurais bien passé ma vie dans cette maison du Morbihan, avec eux, au coin du feu, et puis mes livres ; le salon vide et à peine éclairé où j'erre encore à une heure du matin pendant que tout le monde dort, et je décide soudain de sortir dans le froid regarder les étoiles ; la musique qu'on écoute ensemble, les promenades au bord de la mer, les cailloux qu'on ramasse, les éclats de rire autour d'un jeu de société.
Là-bas peut-être, je n'aurais pas même regretté Paris.
Noir
Je ne sais pas. J'oublierais bien un peu Goethe pour quelqu'un comme Céline, quelqu'un qu'a les pieds sur le bitume et la tête penchée pour ne pas l'oublier, quelqu'un qui connaît la couleur et l'odeur des viscères sous la peau blanche, et qui le sait quand il regarde un visage sourire, qui le sait quand il tombe amoureux. D'ailleurs il ne tombe pas amoureux. Et c'est pour ça peut-être que j'aime bien les jeans troués (pas fait exprès) et l'acné qui me mange encore le visage à dix-neuf bougies soufflées. Je ne sais pas. J'ai peut-être simplement des couleurs à laisser se détacher, des hargnes à figer, simplement à... mais j'avais vraiment le sourire ce matin en ouvrant les fenêtres, à voir le tapis blanc sur les toits et les flocons qui dansaient. Cette faille dans le marbre poli où j'ai glissé mes yeux, le peu de noir qu'on m'y a fait voir, il est là ; ce n'est pas le noir de Soulage, pas ce noir de surface, brillant, ce noir courtois, lisse, aimable ; c'est un peu de noir, très peu, mais vrai. Sous l'os du crâne, ce gouffre. Comment disait-il, déjà ? "Un inconscient..." matériel ? Je ne sais plus. Sous l'os du crâne.
Je n'aime pas la courtoisie. Cela fait deux fois que je pose ces questions : "comment se passent tes vacances ?" ; "et elle avance, cette dissert' ?" - et que l'on ne répond pas. Pas à ça : à côté. Bon sang monsieur, je vous dirai que ces questions n'étaient pas là pour faire joli ; que la courtoisie décidément, très peu pour moi ; que si je me fichais royalement de savoir comment vous allez, je ne vous poserais pas la question ! Et que de votre côté, vous pouvez bien garder ces questions-là pour vous, si elles ne sont que pour la forme. Non mais !
...
Je tourne autour du pot.
Je crois que je suis vraiment contente d'être rentrée à Paris et de les avoir retrouvés. C'était de la joie, que je sentais à les voir ce matin, à leur parler ; je le crois bien. De la joie comme une bouffée d'air, une vague qui éclate joyeusement et qui à peine levé retombe, sereine.
Et j'ai envie d'aller avec eux au cinéma, bosser la logique ou manger japonnais ; m'amuser, me sentir entourée, rire un peu, ou beaucoup, voir de beaux films et sentir avec délices le saumon cru qui fond sur la langue. Parler de choses et d'autres ; de philo, de littérature, mais aussi de vécu, et de choses futiles ; d'amour (sans trop savoir où le classer.) Et puis oublier. Oublier le dernier article posté ici qui me donne la nausée à reposer les yeux dessus ; oublier certains épisodes de ces vacances, la maison de la folie, ce vieux temps qui est remonté avec une violence finalement d'autant plus évidente que le besoin que j'ai éprouvé à ne rien voir était... insurmontable.
Werther d'abord ; la maison ensuite, celle où j'avais cherché à fuir, où j'avais laissé la vague déborder le plus violemment, et où je n'avais pas remis les pieds depuis ; enfin, les délires mélancoliques de ma grand-mère, où je ne pouvais pas ne pas me reconnaître, avec autant de compassion douloureuse que d'angoisse ; tout cela réuni, et ajouté à leur silence que je ne parvenais pas à rompre moi-même, ...
J'ai dormi. J'ai passé les lambeaux de journée qui restaient à tituber de fatigue.
Et me voilà rentrée.