30 novembre 2008
Encore passé le week-end à rien foutre, alors que le travail s'accumule.
Des questions existentielles à la con, pour changer.
Il va falloir que je me réveille, sinon je ne donne pas cher de mon semestre.
Et si je séchais les cours demain matin ? - non Juliette, non.
Tu vas préparer ce putain d'exposé, et prier pour que le prof fasse passer quelqu'un d'autre, parce que préparé à 21h pour le lendemain, il sera forcément foireux, ton truc.
Je crois que je vais vraiment finir par me remettre aux maths.
Mais ce qui me rassure, et même me fait du bien, c'est que maintenant au moins je sais que je ne suis pas (plus) la seule à trouver ça chiant et sans intérêt ce qu'ils nous font faire dans cette fac ; pas (plus) la seule à me poser des questions pourries sur ce que je fous là.
Y'a des gens que je suis contente d'avoir rencontrés sur les bancs de ces amphis crasseux ; avec qui je me sens moins seule, et ça faisait longtemps que c'était pas arrivé.
Mais bon, c'est pas une raison pour foirer son semestre. Aller ma vieille, au boulot !
24 novembre 2008
To You
(Je découvre que Sheller est beaucoup plus présent sur Deezer qu'il y a quelques temps. Difficile de résister. Et voilà que mes oreilles tombent sur quelques chansons que je ne connaissais pas. Un petit faible pour celle-là. C'est bien lui, ça ; cette façon de dire les choses avec une simplicité qui vous désarme...)
J'te jure ça parle de toi
Peut-être un peu fort quelques fois
Mais il n'faut pas t'en faire pour ça
22 novembre 2008
J'aurai fui toute la journée cette fichue dissertation que je dois rendre lundi. Et là, j'ai très envie d'aller au cinéma, même si je ne sais pas ce que j'irais y voir. Mauvaise idée, évidemment. Me demande à quelle heure je vais me coucher demain soir.
Au lieu de travailler j'ai marché dans Paris ; le parc Montsouris ne m'était pas aussi agréable que d'habitude. Depuis le pont au dessus de la station du RER, je regardais de haut l'étang ; les pelouses étaient vides et les allées aussi, c'était un peu triste. Je crois que je ne reconnaissais pas complètement certains lieux, et je m'en étonnais : il me paraissaient très familiers, il y a quelques semaines encore. Sur les arbres je m'amusais à regarder les ombres que faisait le soleil de quatre heures et demie, ingénument émerveillée de l'enrichissement que cela apportait au regard, me semblait-il, d'observer comment le noir se distinguait de l'or le long des branches, au lieu de ne voir que la silhouette générale de l'arbre se détacher sur le ciel. Je n'ai pas voulu descendre près de l'étang ; ce qui, il y a quelque temps, m'y attirait comme irrésistiblement, une sorte de nostalgie bizarre d'on ne sait trop quoi, s'était tu semble-t-il, incompréhensiblement, sans pourtant que cela ne me réjouisse, ni ne m'attriste non plus. Je suis sortie du parc.
Dehors, à l'entrée de la cité universitaire, j'ai vu passer un tram ; cela avait comme un goût de voyage. Peut-être pensais-je à Amsterdam, où à une idée vague que j'avais dû me construire de Prague. J'ai pris le RER pour Saint-Michel, où je projetais d'acheter quelques livres. Quand j'arrivai il faisait déjà nuit ; en marchant sur le boulevard, je me sentais habitée par une douce allégresse que je ne comprenais pas. Cette même compagne qui m'étonne à me suivre depuis quelques jours, et dont j'ignore absolument l'origine ; qui cède de temps à autre la place aux habituels lassitude, fatigue, stress, pas envie de travailler, humeur paradoxale au concert des Têtes Raides ; mais qui revient, toujours. Qui me surprend, chaque fois. C'est étrange, et fragile probablement ; mais, j'avoue que cela fait du bien.
21 novembre 2008
Moi j'étais là moi, monsieur. Et puis y'avait Ginette
Oui, je remets à l'an prochain. Même si j'ai encore le temps de changer d'avis (et je sais que pour ça je suis championne.)
Quant à la suite, on verra où j'en suis alors. Quelle gueule aura ma vie, le moment venu.
Mais, c'est marrant de voir comme il y a des choses qu'on ne sacrifierait pas, même au bonheur.
Comme si ce con-là n'en valait pas tant la peine. Comme si l'on avait de bonnes raisons de se méfier de lui.
Je ne sais pas. Au milieu de la foule mercredi soir, c'était comme toujours. Le sourire béat de la solitude affiché en travers du visage. D'un bout à l'autre de la fatigue. Deux visages connus dans la salle, l'un d'eux sur lequel j'aurais même été capable de mettre un prénom. Mais je les ai fui, comme à mon habitude.
Je crois que toujours, toujours je me sentirai seule au milieu de ces foules-là. Toujours autre, étrangère. Et que c'est pour ça que je les aime. Moi-même je ne comprends pas bien d'où peut venir ce plaisir bizarre, contre-nature presque. J'aime la solitude parce que je ne l'aime pas. Jouissance égoïste d'une musique qui me renvoie sans cesse à cette nécessaire séparation d'avec le monde. Plus anonyme que jamais au milieu de cette fosse grouillante. A quelques centimètres à peine de plusieurs corps, et si loin, si loin.
Je crois aussi que quelque chose en moi aurait aimé leur ressembler. Et que rien que pour cela, quelque chose leur ressemble. Mais quelque chose seulement. Ce ne sera jamais assez. Ce ne sera jamais moi, moi toute entière, qui leur ressemblerai, qui ferai partie de leur monde. Quelque chose d'autre de plus important peut-être fait de moi une étrangère à ces foules,irréductiblement, et je le sais. Et c'est pour sentir cette partie de moi cogner douloureusement contre eux autant que l'autre s'y mêle avec bonheur que je laisse parfois mes pas me guider jusqu'au milieu d'eux, pour avoir un instant l'illusion de partager leur délire. Avec toujours en fond cette conscience résignée qui voit la solitude aussi clairement que la tâche d'encre sur la feuille de papier par ailleurs immaculée.
Et puis eux, sur scène. Qui ne me connaissent pas, pour qui je ne suis qu'un point perdu parmi la foule, qui me sont aussi sourds que celui dont je guettais le regard là derrière son micro et sa guitare, dont mon silence se gardait de réclamer l'amour, moi qui tremblais d'un bonheur bizarre quand un mot que je savais éphémère tombait sur mes épaules trop fragiles, trop fragiles pour supporter qu'un tel instant de grâce se fane si vite. Et eux, sur scène, je les aime comme lui de ne pas me connaître, de me donner sans savoir ; je les aime de me rappeler ces nuits perdues dont le souvenir, malgré la douleur, n'a su que me rester infiniment précieux. Allez savoir pourquoi.
J'ai chanté Ginette avec le reste de la salle pendant un temps long qui m'a paru trop court, ça sentait la cire fondue parce que pour les vingt ans de Ginette il y avait même les bougies. J'avais un sourire jusque là et pourtant à la fois quelque chose qui s'effondrait en moi, les larmes qu'on ne verse pas qui étouffaient parfois tout sentiment de peur que ça déborde et ça il n'en est pas question, mais tout renaissait à la note suivante, ça tanguait ça tiraillait au-dedans, j'étais épuisée mais quand je suis sortie de là même si je ne tenais plus debout je sentais que tout ça vraiment ça m'avait fait quelque chose, et qu'au fond le bonheur c'est peut-être un peu ça, peut-être la vie simplement, juste de la sentir qui balance en vous, que ce soit doux, cruel, ou mieux : les deux.
Aller Ginette, moi aussi je continue à tourner.
20 novembre 2008
C'est à dire, une raison de vivre
"Trop tard, les inscriptions administratives sont closes depuis vendredi." Et merde. Si je m'y étais prise un tout petit peu plus tôt...
Moi qui vivais sur cette perspective depuis quelques jours, même si je me donnais encore le temps de réfléchir et qu'elle me faisait peur autant qu'elle me réjouissait, me voilà de nouveau seule avec le présent, c'est à dire avec cette foutue licence de philo qui me donne plus que jamais le sentiment d'être une erreur monumentale. Avec toujours la conscience, pourtant, que ce sentiment me trompe peut-être, lui aussi.
Vais-je remettre mon projet à l'an prochain ? Mais cinq ans d'études au frais de mes parents pour ne pas dépasser le niveau bac+3, voilà qui ne me réjouis guère. Si, encore, je n'avais "perdu" qu'un an dans la bataille... Mais deux ! J'ai peur de mal le vivre. Ou alors, il faudrait au moins travailler en même temps. Et le simple mot me fait peur. Et si, en plus, c'était encore une erreur ? Mais je ne peux pas rester les bras croisés, me regarder m'embourber (je ne parle pas des notes, qui sont bonnes voire très bonnes, mais du sentiment de m'enfoncer de plus en plus loin sur un chemin qui n'est pas le bon) dans ma philo sans chercher ne serait-ce qu'à vérifier si vraiment, il n'y a pas quelque part une solution qui me conviendrait mieux. J'irai au bout de cette fichue licence, c'est clair (pas question de quitter cette fac sans lui avoir extorqué un diplôme, non mais !), mais je ne peux pas y aller les yeux fermés. Il faut que j'essaye autre chose, et en même temps - parce que, le plus vite possible.
La seule chose qui me console, c'est qu'au moins je retarde d'un semestre le risque de perdre de vue ces quelques personnes que je commence à aimer, à la fac. Florence qui m'envoie des textos pour me dire qu'elle tuerait bien Plotin s'il n'était pas déjà mort, ou mieux, pour me souhaiter un bon concert hier soir ; Raph qui est toujours aussi chouette avec ses bérets rouges et verts, ses habituels "je sais pas où je descends" quand on monte dans le métro, nos discussions à n'en plus finir au lieu de bosser, l'autre jour cette façon de dire "Juliette !", genre je suis contente de te voir, quand j'ai débarqué près de la cafet' ; Elie, toujours très posé (ou presque, il pète les plombs parfois), rassurant quelque part, qui aborde la philo avec une application, une honnêteté, une humilité et un intérêt sincères, qui me dit qu'il aimerait bien lire ce que j'écris quand j'ai fait la connerie l'autre jour de lui lâcher que heu oui j'écris un peu m'enfin, après avoir lui dit en rigolant que je deviendrais bien écrivain plus tard, Elie qui vous fait signe que votre exposé était bien quand vous retournez vous asseoir et venant de lui ça fait plaisir ; Etienne encore, qui vous fait découvrir ce type qui fait des chouettes sandwichs au pain chaud près de la fac, qui vous parle de maths et même si moi je les ai lâchés en route on se comprend, qui raconte avec l'air le plus sérieux du monde quand l'autre con lui demande ce qu'il veut faire comme métier plus tard qu'il ferait bien président de la République, et il insiste, et moi je suis morte de rire un peu ; Julie qui fait l'Ecole du Louvre et qui me raconte plein de trucs sur le tableau de Dali que j'ai mis en fond d'écran de mon ordi.
Et ben ces gens je les aime bien.
Et comme je les aime bien parfois j'ai peur et j'ai envie de partir, de fuir. Avant qu'il ne soit trop tard, avant de m'attacher un peu plus à eux, avant de ne pas oser les rappeler le jour où on n'aura plus cours ensemble et où eux ne le feront pas, et où j'en aurai mal dans le fond même si peut-être je refuserai de m'en rendre compte.
Et, et, et. J'ai eu vingt en logique et j'ai bien aimé le cours de mercredi, qui l'eût cru ; j'ai un peu envie de refaire des maths et d'y retrouver cette facilité perdue.
Samedi matin petit-déjeuner-logique avec Raph et Flo ; j'aime la logique aussi parce que ça se bosse à plusieurs et ça permet de passer de bons moments avec des gens qu'on aime bien.
Et, hier soir. Je ne peux pas vous parler du concert des Têtes Raides parce que ça demanderait plus qu'une petite phrase et que demain matin j'ai cours à huit heures, donc il serait bon que j'aille me coucher.
Mais, les Têtes Raides...
Et, j'ai envie de lire Faust de Goethe.
Ça me consolerait peut-être de ne pas l'étudier au semestre prochain.
En attendant, je lis Adolphe de Benjamin Constant, et c'est bien.
Et j'ai envie de prendre le train.
Comme ça, juste pour prendre le train, pour me laisser porter, pour avoir le droit de souffler, pour n'être nulle part, entre deux mondes, entre deux obligations de vivre, ou de faire semblant.
19 novembre 2008
Il est presque une heure et demie du matin et je ne suis pas près de dormir, étant donné un commentaire de texte à finir.
Et demain matin, je passe à l'oral sur un exposé pas vraiment prêt.
Et le soir, concert des têtes raides, avec toute cette fatigue et ce stress dans les pattes.
Ça promet d'être drôle.
11 novembre 2008
Reprenons. Il y a d'abord eu les mathématiques. Ou plutôt, ces heures à regarder un rouge-gorge s'envoler de l'autre côté de la fenêtre, à rire aux paroles d'un garçon assis derrière moi, la musique qu'on écoute en rêvassant pendant que les doigts écrivent machinalement sur le cahier des équations trop simples. La liberté. L'indifférence au travail, purement mécanique, qui laisse l'esprit s'envoler où il veut. La facilité sans intérêt, mais qui permettait de regarder ailleurs et d'y voir, parfois, des merveilles. Puis, quelque chose a changé. Je ne sais plus très bien comment. Au collège rien ne m'intéressait, ou presque. Pour la majorité des choses, je m'en foutais, c'est tout. La vie était ailleurs. Si j'ai aimé quelque chose, c'était sans doute la musique, avec Mme M., quand les concertos de Mozart retentissaient dans les haut-parleur et qu'il fallait juste fermer les yeux et écouter, trouver des mots à mettre sur la musique, son caractère, disait-elle. L'amour dans sa voix, pour ces œuvres qu'elle avait l'air tellement heureuse de nous faire partager, quand elle nous disait, écoutez. Quand elle nous racontait la vie de Rimbaud, qu'elle nous disait avec toute l'ingénuité d'une vieille demoiselle, petite fille de soixante ans, que l'amour existait évidemment ; quand elle nous faisait chanter Ma Bohème et Sensations. J'ai aimé aussi le français en classe de sixième, avec Mme R., qui nous faisait dessiner des pirates dans nos cahiers, fabriquer des maquettes de temple égyptien, écrire des contes, avec des stylos dorés, sur des feuilles brunies au café et aux contours noircis par les flammes. Et puis le latin, pour la même raison que les mathématiques : la facilité. Libératrice. Les heures passées à rire ou à débattre sur la relativité du temps avec Aéla au premier rang, pendant que les autres essayaient de comprendre ce qu'on avait la chance d'avoir déjà compris.
C'était la belle vie, le collège. Il faut bien l'avouer.
Et puis, quelque chose a changé. Mais quoi ?
Je devais passer un bac scientifique, évidemment, moi la brillante élève qui comprenais tout au quart de tour et m'ennuyais le reste du temps, ou plutôt en profitais pour bavarder ou rêvasser allègrement. Délicieusement. Mais tout s'est compliqué en débarquant au lycée. Plus question de passer les cours de maths à regarder par la fenêtre, où de faire ses devoirs en pensant distraitement à autre chose. En maths, il fallait être attentif, d'un bout à l'autre du cours, pour ne pas sentir les choses vous échapper, et les exercices vous donner un mal nouveau. Et moi je n'avais pas l'habitude de me concentrer longtemps sur quelque chose. Je n'en avais jamais eu besoin. Et si d'une part j'ai découvert que ça m'était difficile et douloureux (même si, je dois l'admettre, les résultats étaient au rendez-vous), de l'autre je me suis rendu compte que je n'avais vraiment aucune envie de me massacrer les neurones sur des problèmes de relations entre des chiffres et des variables. Oui, il allait falloir apprendre à travailler, à se concentrer, se plonger dans les choses ; et, si de toute façon ça m'était pénible, quel que soit l'objet de ma réflexion, si évidemment, j'aurais donné n'importe quoi pour retrouver ma liberté de collégienne en avance sur tout le monde, je me suis rendu compte que quitte à me faire du mal, certains objets de torture avaient tout de même l'air d'en valoir un peu plus la peine que d'autres. J'ai piqué ma crise (une vraie crise, comme tout ado qui se respecte), et j'ai envoyé balader les maths, la physique et les SVT. J'ai décidé de passer un bac littéraire. Parce que le monsieur qui se grattait le front avec les branches de ses lunettes, qui passait entre les rangs pour engueuler tout le monde parce qu'on écrivait de la merde sur nos copies - à quelques exceptions près dont je ne faisais pas partie -, ben si oui il me faisait morfler au moins autant que les autres celui-là, ben y'avait une contre-partie : des heures à l'écouter parler ne serait-ce que d'un seul vers de Baudelaire ; et si, c'est vrai, vous aviez quand même envie de regarder par la fenêtre de temps en temps en l'écoutant parce que bon, votre esprit a malgré tout l'habitude de vagabonder où il veut et qu'il persiste à aimer ça, ben quand il arrivait pourtant à se focaliser un peu sagement sur les paroles du monsieur, il se rendait compte qu'il aimait ça. Pas autant que sa liberté, mais bien plus que les chiffres en tout cas. Alors, il a choisi. Mais ne croyez pas, comme je l'ai cru moi-même, que ce choix aurait été fait pour une autre raison que le dépit. C'était vraiment en désespoir de cause. Une tragédie, le lycée. Une tragédie, le bac L. Oui, soyez-en sûrs : si la facilité avait encore existé quelque part, je l'aurais choisie sans hésiter, croyant aimer ce qui était facile, alors que je n'aimais que la facilité elle-même. Je le sais pour l'avoir perdue.
C'est à ce moment là que j'ai commencé à sentir avec rage que j'étais comme prisonnière de ma vie et de moi-même, que je me débattais pour fuir mais qu'il n'y avait nulle part où aller, aucune place où j'aurais retrouvé la tranquillité, ma liberté. La vie, ça allait être ça : la difficulté, le travail. Tripalium, vous savez. J'en serais morte de désespoir. Ajoutez à cela l'amour qui se barrait en courant, qui me regardait de loin avec son sourire édenté de truc à quoi on a eu tort de croire, dont on a eu tort d'attendre le repos. Je ne sais pas comment j'ai fait pour avoir mon bac de français avec 15, parce que quand je l'ai passé, j'étais au fond du trou. Je m'accrochais de toutes mes forces à ma guitare comme à une terre promise et pourtant je crois que d'un bout à l'autre j'ai eu conscience de l'absurdité, que ça n'était qu'un espoir insensé, comme on croit en Dieu ou au père Noël ; que ça n'est pas jouer que j'aimais, mais rêver qu'un jour ça devienne facile et qu'il n'y ait plus que la musique, pure, belle, à ressentir simplement, se laisser bercer délicieusement par elle, pendant que mes doigts sur le manche n'auraient qu'à courir tout seuls sans que j'y pense même une seule seconde. La liberté, encore. Mais c'était trop dur, trop dur encore. La musique c'était du travail, et pire que tout comme travail. Je n'y connaissais rien à la musique, j'avais tout à apprendre, tout à souffrir. Aujourd'hui le mi aigu de ma guitare est vieux d'un an et sonne très mal. Comprenez que je l'abandonne. Non, non : je ne suis pas, je n'ai jamais été, et je ne serai jamais musicienne.
Du même coup j'ai lâché les lettres. Trop dur, ça aussi, même si moins que la musique. Non, je n'aimais pas vraiment non plus : c'était pareil, je m'y accrochais comme à une terre promise, mais impossible. Comme on croit en Dieu, un Dieu qui n'existe pas. Je ne voulais plus croire. Rien n'existait pour me sauver, c'est sûr. Et pourtant.
Je crois que j'ai d'abord espéré l'amour, à nouveau, pour me sortir de là. Il m'avait malgré tout laissé, une fois au moins, de bons souvenirs, du temps où mon esprit était encore largement libre de vagabonder - vagabondage qui se terminait souvent du côté d'un visage, ou de bras qui vous enlacent. J'ai aimé un type que je n'avais jamais vu de ma vie, un autre que je voyais tous les jours au lycée à qui je n'avais jamais adressé la parole. Un peu seulement. Dans ma tête, seulement. C'est jamais pareil en vrai, hein. Trop compliqué, en vrai. Et puis j'avais trop peur.
Je crois que je n'ai pas espéré longtemps. Enfin, pas directement. Il fallait autre chose. Et je dois avouer que ce qui s'est présenté, c'était encore quelqu'un. Mais pas quelqu'un à aimer, parce qu'on n'aime pas ces gens-là. Tant mieux, sans doute. Un professeur. Et sa matière, croyais-je. Peut-être était-ce vrai. Dans les yeux de ce type-là, j'ai retrouvé un peu de confiance en moi, parce qu'il disait tellement de belles choses sur mes dissertations que ça me retournait. Pourtant si on y pense, c'est quoi une dissertation ? Tellement rien d'important. Mais je m'accrochais à ça, parce qu'à travers ça, j'avais l'impression d'exister, un peu. Il m'a inscrite au concours général, et j'ai eu une mention. Dix-neuf au bac, que j'avais raté en français. Ne révisais jamais les cours. Comprenais vite. Je crois que j'ai eu l'impression de retrouver la facilité. Même si sur la fin je me rendais déjà compte que c'était une erreur.
Une erreur.
Et maintenant je me dis, ouais mais au moins le français, la littérature, même si me concentrer trop longtemps me fatiguait comme partout, même si de toute façon j'ai jamais aimé travailler ni en français ni ailleurs, même si ça a toujours été un calvaire d'avoir à faire une dissertation ou pire un exposé, de ficher un bouquin, de m'efforcer de me souvenir que j'avais lu tel truc à telle page, ben au moins au moment où j'arrivais à oublier un peu la contrainte scolaire parfois cela faisait des étincelles ; au moins parfois les bouquins, même si j'aimais pas bosser dessus c'est clair, eux parfois je crois que je les aimais.
Le problème c'est qu'on n'est jamais à l'abri d'une erreur.
Solaire
« Retourne en toi-même et vois. Et si tu ne vois pas encore ta propre beauté, fais comme le fabricant qui doit rendre une statue belle : il enlève ceci, efface cela, polit et nettoie jusqu'à ce qu'une belle apparence se dégage de la statue ; de même pour toi, enlève le superflu, redresse ce qui est tordu et, purifiant tout ce qui est ténébreux, travaille à être resplendissant. Ne cesse de sculpter ta propre statue [...] »
« Assurément, jamais l'œil ne verrait le soleil sans être devenu de la même nature que le soleil, et l'âme ne pourrait voir le beau, sans être devenue belle. »
Plotin, Traité I (I,6), Sur le Beau.
Parce que les philosophes disent de belles choses parfois, eux aussi.
Et même si l'éthique de Plotin ne me plaît guère ; même si j'aimerais lui montrer que la pureté est une chimère, que lorsque la beauté éclate ce n'est qu'au milieu même du chaos et des contradictions insurmontables de nos vies, au plus profond de ses gouffres, de ses
Même si chercher en soi l'ineffable unité, la fusion avec l'être, mieux avec l'Un, ce n'est pour moi que se fuir soi-même, encore une fois - la philosophie, cette fuite éternelle...
[...]
Je reviendrai. Bientôt. Peut-être.
09 novembre 2008
Les feuilles mortes
(Chantonne en massacrant les touches de son synthé au lieu de commenter son putain de texte de Plotin.)
Oh je voudrais tant que tu te souviennes
Des jours heureux où nous étions amis
En ce temps là la vie était plus belle
Et le soleil plus brûlant qu'aujourd'hui
Les feuilles mortes se ramassent à la pelle
Tu vois je n'ai pas oublié
Les feuilles mortes se ramassent à la pelle
Les souvenirs et les regrets aussi
Et le vent du Nord les emporte
Dans la nuit froide de l'oubli
Tu vois, je n'ai pas oublié
La chanson que tu me chantais
C'est une chanson qui nous ressemble
Toi tu m'aimais, et je t'aimais
Et nous vivons tous deux ensemble
Toi qui m'aimais moi qui t'aimais
Mais la vie sépare ceux qui s'aiment
Tout doucement sans faire de bruit
Et la mer efface sur le sable
Les pas des amants désunis
Mais la vie sépare ceux qui s'aiment Tout doucement sans faire de bruit
(A chaque fois que j'entends chanter cette putain de phrase, j'ai l'impression qu'on me donne un coup de poing dans l'estomac)
- Et puis la version de Jonasz elle est chouette aussi :
08 novembre 2008
Alors, je serais finalement restée cette petite enfant ingénue qui connaissais trop bien le bonheur, et surtout l'aimais trop, d'un amour féroce et incontrôlable, pour savoir le frôler sans devenir blême et sentir une rage insensée m'envahir. Alors, cela n'aurait finalement pas changé, ces élans intérieurs, ces fulgurances de mon être auxquels je ne savais qu'adhérer toute entière, infiniment éloignée des froideurs de l'esprit, et qui me transportaient de la hargne des désirs insatiables à la jouissance de ces instants où je pouvais goûter à ma vie. Alors, cela existerait encore, les larmes que l'on verse pour de mauvaises raison, les larmes injustifiables, belles et terribles, intarissables larmes de bonheurs et de gouffres mêlés, sorties tout droit de ces profondeurs que l'on nous apprend à taire. Alors, cela existerait encore, le rire puissant du ciel dans les arbres rouges de l'automne, le rire amer et pur des promenades solitaires où le désir vous mord à l'âme dans le soleil déclinant, morsures qui agitent le sang et vous laissent bouillonnant de vie ouverte, d'envie, de joie, de rage joyeuse. Alors, il serait encore temps de libérer le corps du tombeau de l'esprit, de ne plus croire aux sages préceptes de désespérance, et de croquer à nouveau aux frustrations dorées de l'enfance, où seules affleurent les griffes avides de l'espoir insensé, du bonheur.