Altawabi's blog II

Naissance d'un nouveau blog, d'un nouveau chez-moi. D'un nouveau moi ? Non. Jamais. Je suis ce que je suis et ce que je traine derrière moi, hein. Comme toujours. Ça, ça n'a pas changé, et ça ne changera pas. Non, c'est juste que... je déménage.

28 octobre 2008

(Fatigue.)

L'impression de vivre comme un automate qui se doit juste d'accomplir mécaniquement et efficacement certaines actions. Pas de réflexion possible. Vaguement paradoxal, si l'on considère que les actes en question sont sensés constituer le travail d'une étudiante en philosophie. (Qui est le con qui a dit que les philosophes pensaient ?)

Aime pas ça. Est-ce utile de le dire.

Ce qui m'inquiète, c'est que je crois que c'est parti pour durer comme ça jusqu'à Noël. Et que je me résigne. Pas d'échappatoire possible, on le sait. "Le bonheur attendra", ouais. Ben je crois qu'il attendra longtemps, malheureusement. Le pauvre a dû rester bloqué derrière je ne sais quelle porte blindée. La vie ne veut pas de lui.

Et ça me fatigue, mais ça ne m'attriste même pas. Même plus. En réalité, je vais bien. C'est presque ça le pire. L'an dernier je me suis débattue contre cette torpeur. Enfin, quelque chose en moi se révoltait du moins ; je ne sais pas si j'y étais vraiment pour quelque chose. C'était assez douloureux, je l'avoue. Je priais pour que ça se taise, et pourtant, ce que je savais pouvoir le faire taire, je n'en voulais pas. Je voulais l'autre alternative ; celle qui sans doute n'existe pas.

Je crois que maintenant, j'ai accepté. Le souffle s'est éteint, et les moments de stress mis à part, je me sens mieux. Mais. J'ai l'impression de dormir. Et quelque part, ça me dérange, même si c'est trop vaguement pour que je réagisse.

Peut-être faudrait-il simplement de quoi briser le sommeil de temps en temps.

...

Oh et puis j'en sais rien, merde.

(Je crois que ce qui est rageant, c'est que j'avais l'impression de commencer à effleurer du bout de la pensée quelques "idées", à la fin de l'été ; et que par manque de temps pour prendre du recul sur les choses, je les sens qui s'estompent, se brouillent, se diluent dans une masse de choses toutes faites dont on me bourre le crane à la fac ; et ces "idées", je n'ai pas le temps de les creuser évidemment, mais surtout, pas même celui de leur courir après pour les empêcher de sombrer tout à fait dans le néant. Et je suis en train de les perdre, et ça me désespère.)

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22 octobre 2008

Métro, boulot, Artaud. (...)

Sortie de chez Gibert avec sous le bras la Critique de la Raison Pure et la nouvelle traduction chez GF de la République de Platon. Haha.

Il y a cet exposé à faire sur l'allégorie de la caverne (comme si on n'en entendait pas parler depuis le lycée), ce traité de Plotin à lire et la notice qui va avec, une super dissert' sur la raison et les passions sont-elles inconciliables ? à commencer, au moins. Sans compter les exos de logique, quelle poisse. 'Faudrait que je finisse ça dans la semaine ; ça paraîtra sans doute peu à des élèves de prépa, par exemple ; mais pour moi, c'est beaucoup. Je vous ai dit que ma dernière dissert', j'ai passé une quinzaine d'heures à la rédiger, juste parce que j'avais envie de prendre mon temps ? Sais pas travailler vite.

Bref. Il faut que je me rende à l'évidence : j'aime pas travailler en général ; mais, j'aime bien la philo.
Ça me laisse un peu perplexe ; je me demande si c'est défendable. Parlais d'Artaud à mon père hier soir ; lui disais que tous les philosophes devraient avoir lu quelque chose de lui. Du mal à expliquer pourquoi en fait, mais il vous bouscule ce type, quand vous prétendez voyager à travers la pensée et la modeler en touts cohérents - quand vous faites de la philo, quoi. A le lire, lui qui souffre tant du morcellement, voire de l'inexistence de sa pensée, ça remet en question toute votre démarche ; est-elle seulement possible ? à lire l'Ethique de Spinoza, on dirait bien que oui ; mais Kant a assez démontré les travers de ce type de métaphysique. Elle passe à côté de la réalité, simplement. Et ce malgré tout ce qu'elle peut avoir de fascinant - vraiment fascinant, je trouve. Mais quand bien même on s'appellerait Baruch Spinoza, est-ce qu'on n'a pas tous ressenti un jour ou l'autre, vis-à-vis de notre pensée, quelque chose qui ressemble à ce que décrit Artaud, même à un degré minime ? Qui domine ses pensées, peut prétendre les contempler d'un regard sûr qui les surplombe et les embrasse toutes d'un seul coup ? Ne sommes-nous pas tous plus ou moins au-dessous de nous-mêmes, au-dessous de nos pensées, à se tordre un peu le cou pour essayer de les voir, tendre les bras et sauter à pieds joints pour s'efforcer avec toutes les peines du monde de les attraper ?
Je ne crois pas à la maîtrise absolue des pensées et du savoir, après laquelle court le philosophe. En bref, je ne crois pas à la sagesse - même si je saute une marche ou plusieurs, sans doute. Artaud, dans la description de sa maladie, nous révèle à tous quelque chose de nous-mêmes. D'une façon beaucoup plus frappante que n'ont pu le faire certains philosophes eux-mêmes, parce que d'une façon non spéculative mais vécue.
Le grand tort du philosophe, ça serait d'être incapable de voir que cette maladie le concerne un peu lui aussi, et plus encore peut-être, incapable de réaliser que d'autres formes de pensées qui assument mieux ce "défaut" sont au moins tout aussi dignes d'exister que la sienne...
...
(Choses à creuser.)

Bon, la caverne m'attend.

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17 octobre 2008

Je ne sais pas.

Si tu pensais à vingt ans qu'on peut vivre de l'air du temps
Ton point de vue n'est plus le même

Peut-être que si je fais ces études, c'est juste pour prouver que j'en suis capable.
Parce que si je ne les faisais pas, je me sentirais trop lâche. L'impression de me défiler.
Ma première lâcheté aura été de fuir la prépa. Peur, certitude de rater. Deuxième ou dernier, même combat après tout. Trop insupportable.
Alors, la fac. Plus moyen de reculer. Déjà assez difficile de croire soi-même aux arguments fallacieux derrière lesquels on dissimulait la première couardise. Ne peux plus me permettre de fuir cette fois, il en va de mon image, merde.
J'en suis capable. Ouais. Dans le silence, comme d'habitude.
Vous pouviez bien m'humilier en public, salauds de professeurs qui vous amusiez de mes balbutiements et rougissements incontrôlés, de mon manque d'imagination, de mon incapacité à m'exprimer. J'ai mes armes, et je les tire droit de mon mutisme. Tout se joue dans le silence d'une salle de classe qui planche sur un devoir, où l'on n'entend que les stylos qui grattent le papier. Rirez moins quand serez forcés de me mettre un dix-huit.
Et maintenant, c'est clair, je me dis que j'aimerais bien pouvoir un jour brandir un doctorat de philo, juste pour emmerder ceux qui auraient la mauvaise idée de me trouver un peu trop conne, comme ça, à première vue. Et puis, me rassurer moi-même sur la question, sûrement.

Pourtant qu'est-ce que j'en ai à foutre de la philo. S'agit de quoi, de rassembler tout un tas de références et qu'on trie et classe dans les tiroirs parfaitement rangés de l'esprit, d'être capable de les ressortir à bon escient et de les articuler intelligemment, bref, de s'assurer une bonne maîtrise sur ses pensées, comme de l'extérieur. Et ça fait des jolies dissertations, c'est cool.
Mais merde, ça m'amuserait bien tout ça, mais dans le fond qu'est-ce que j'en ai à foutre ? C'est quand elle me parle de l'intérieur que j'aime la philo, moi. Elle ou autre chose ; la littérature, l'art, que sais-je. Ça me fatigue cette nécessité de maîtrise ; est-ce que l'important ça n'est pas surtout la force avec laquelle parfois les choses résonnent en nous ; est-ce que ça n'est pas surtout de chercher dans ces échos ce qu'il peuvent nous révéler de nous-mêmes, de ce qui se passe en nous ?

"Ils n'ont pas le plus infime soupçon de ce qui se passe en eux, mais ils veulent savoir ce qui se trame dans les cinq continents."

Et moi, j'arrive pas à m'empêcher de passer mon temps à me scruter moi-même au lieu de regarder autour de moi, et d'être en constant décalage avec ce que je suis sensée être en train de faire, parce que je m'interroge sur mon rapport à cette chose que je suis sensée faire, au lieu de me concentrer sur elle et de la faire, tout simplement.

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16 octobre 2008

Ecorché vif

"Mais comme au-dessous de tout cela, il y a d'autres pensées. En sourdine. Mais présentes. Continuellement, peut-être. Ce sont des pensées que je ne peux pas tellement écrire ici. Faute de poser des mots dessus, c'est à peine si je les laisse affleurer à ma conscience ; et pourtant, en donnant des coups de pieds dans les feuilles mortes, j'ai la sensation qu'elles sont bien là et que j'ai besoin d'y penser, malgré tout."

J'aurais pu vous parler du livre III de la
République de Platon, mais merde.

J'en ai assez de ce blog. Soit j'ai l'impression de trop m'y livrer, d'y être trop impudique (et paf, direction "brouillon", les articles) ; soit j'ai envie de le bazarder parce que ce que j'y écris ne mérite même pas d'être dit. Ce n'est que la surface des choses, des trucs futiles qui flottent misérablement au dessus du reste, je veux dire au-dessus de tout ce qui se déploie en moi, pendant que je regarde vaguement la pluie tomber, les feuilles des arbres devenir rouges derrière des chaises renversées, ou les concepts philosophiques s'articuler plus ou moins artificiellement dans ma tête. Le fond de l'eau, que j'ose à peine regarder. Encore moins montrer.

...

Je ne sais toujours pas ce que je vais faire.
Trois solutions : arrêter d'écrire ; continuer d'écrire ici des trucs sans importance ; ou écrire ce qui doit être écrit, mais ailleurs.

Je suis incapable de choisir.

...

"Ils n'ont pas le plus infime soupçon de ce qui se passe en eux, mais ils veulent savoir ce qui se trame dans les cinq continents."

"Je prends sa main qu'elle serre sur la mienne comme si elle prévoyait que nous allions sombrer et qu'elle veuille me retenir ou m'entraîner avec elle. Ce geste, je ne sais pourquoi, me crispe le cœur. Il faut, moi aussi, que je me cramponne à cette main de toutes mes forces."

"Car lorsque les mots ont fini de couler de soi, c'est qu'ils ont réussi à vous ensevelir vivant. L'homme reste englué dans la chrysalide du livre qu'il a écrit. Et sa renaissance à travers le temps est si multiple, si permanente dans des milliers d'esprits, que sa mort à lui est plus certaine, plus immuable, plus définitive que n'importe quelle autre mort. Chaque mot écrit est une tombe ouverte. Remplir des pages et des pages revient à saluer d'un incessant adieu sa propre dépouille sur le bord de la fosse fraîchement creusée."

Et j'en passe.
Septentrion, vous l'aurez deviné.

Ce qui se passe en soi. Ces écorchés-vifs qui n'ont pas peur de regarder au fond de l'eau et de cracher ce qu'ils y voient à la gueule du monde. Et tant pis pour les autres.

J'aurais voulu être l'un d'eux, même mauvais. Oser. 
Et puis il y a ce connard de Kant qui me rattrape avec toute sa bande d'acolytes philosophes, vous savez, leurs idéaux à la con, l'ouverture à autrui, traite toujours l'humanité en l'autre et en toi-même comme une fin, jamais comme un simple moyen, ou je ne sais quoi.
Et puis la vie. Les autres, les vrais. La nécessité de se maîtriser un peu soi-même, de cacher certaines choses et cultiver certaines apparences, parce que l'eau sombre au fond, on ne peut pas toujours la faire subir autour de soi. Parce que les autres, ils risquent d'en avoir marre à un moment où à un autre de vous porter à bout de bras, de vous entendre exprimer trop de choses qui certes sont vraies mais parfois blessent, et vous allez vous retrouver tout seul. C'est clair, on les comprend un peu après tout.
La vie en société n'est pas faite pour les écorchés vifs. Pas pour rien que Platon vire la musique et la poésie de sa cité soit-disant idéale. Fait naître des sentiments, ces choses-là ; ou du moins les révèle à la conscience. Dangereux. Qui se laisse bercer ou fasciner par le spectacle de ce qui se passe en lui-même n'a plus la tête à s'occuper du bien commun, de la vertu, de la bonne marche des affaires de la cité (et gna-gna-gna.)
De même, l'
écorché vif ne se demande pas si parmi ces flots de sentiments en lui, crachés tous à la fois sans sélection ni retenue, certains ne risquent pas d'être douloureux à recevoir, parfois, pour certaines personnes, autour de lui. Des gens qui, le cœur serré peut-être mais sans se retourner pourtant, s'éloigneront à pas de loup ou en fanfare, parce que vivre auprès de quelqu'un qui accepte tous les remous de son âme et les exprime tels quels, sans la moindre tentative, même vaine, de contrôle, c'est invivable ; invivable parce que, contrairement à ce qu'a pu croire ce crétin de Platon, une âme humaine absolument belle ça n'existe pas.

...

Deux solutions. Fermer les yeux sur soi.
Ou cracher dans un coin, loin du regard de ceux qui nous entourent.

Encore une fois, je n'ai pas choisi.
 

(Dans le genre écorché vif, en v'là un qui bat des records. C'est pourtant vrai, je l'aime parce qu'il est triste, parce qu'il meurt à ma place, en quelque sorte.)

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15 octobre 2008

Rentrée de chez Gibert à pieds sous la pluie tout à l'heure
J'y voyais rien parce que gouttes de pluie sur mes lunettes, et sans les lunettes c'est heu, un peu flou
Un bel arbre à feuilles rouges au Luxembourg, une chaise renversée juste devant
Les TD de Logique, c'est long et ennuyeux
Ce vieux mystique de Plotin a l'air marrant par contre
Fini
Septentrion hier, l'impression d'être passée à côté de la moitié du bouquin une fois de plus, et ça m'attriste comme jamais
J'espère pouvoir dire un jour : ce livre m'a réappris à lire
J'ai une dissertation à rendre pour lundi, des colles planifiées pour décembre, trois notes à prévoir dans le semestre pour chaque TD, enfin bref je sais pas ce qui leur a pris à la Sorbonne mais ils ont décidé de se mettre à la "pédagogie" ces cons
Je suis fatiguée
J'écoute les ogres
Et vous me croyez si vous voulez, moi-même j'ai du mal, mais j'ai presque l'impression que j'aime bien la philo, là
J'ai envie d'aller me promener, mais il pleut, 'fait nuit, et j'ai faim
Et puis cette chanson

('finira par me tuer, celle-là aussi)

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12 octobre 2008

Il a vu l'manque d'amour, l'manque d'argent, comme la vie c'est détergent et comme ça nettoie les gens

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11 octobre 2008

Tu disais, le bonheur

(Je pense à beaucoup de choses, qui certainement se rejoignent toutes un peu. Je pourrais les écrire, mais non. Certaines auraient facilement leur place ici pourtant, et pourraient sûrement me faire remplir des quantités de pages, plus ou moins vides d'intérêt - peut-être aucun autre que la prise de recul que cela m'apporterait, à moi, et sans doute à moi seule, sur ce que je vis. Il y a toujours ce même bouquin que je suis presque triste d'avoir bientôt fini, ces cours qui malgré tout m'intéressent, la flemme de bosser qui va avec, mes errances à la librairie entre ce trop de livres que j'aimerais lire et qui m'enthousiasment et m'accablent à la fois, la gorge qui se serre un peu face à ces passionnés dont je ne fais décidément pas partie, mon horreur du mensonge et ma peur de l'avenir qui se métamorphose chaque jour, les discussions avec Raphaëlle au RU et dans le métro qui nous mènent du génocide Rwandais à Henri Michaux en passant par faut-il rendre les œuvres archéologiques des musées français à leurs pays d'origine, les pâtisseries de la boulangerie de la rue Sophie Germain qui sont toujours aussi bonnes, le soleil froid sur le jardin du Luxembourg en rentrant de Saint-Michel.
Mais comme au-dessous de tout cela, il y a d'autres pensées. En sourdine. Mais présentes. Continuellement, peut-être. Ce sont des pensées que je ne peux pas tellement écrire ici. Faute de poser des mots dessus, c'est à peine si je les laisse affleurer à ma conscience ; et pourtant, en donnant des coups de pieds dans les feuilles mortes, j'ai la sensation qu'elles sont bien là et que j'ai besoin d'y penser, malgré tout. D'écarter un peu le reste, pour ne pas trop les laisser étouffer au-dessous. Alors de temps en temps, j'essaye de prendre le temps de m'arrêter un peu, de les regarder se dérouler en moi, et de ne pas écrire.)

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10 octobre 2008

Trois fois rien

Ce matin dans le métro, absorbée dans la lecture de Septentrion, je remarque vaguement qu'une fille s'assied en face de moi. Mes yeux se lèvent plus ou moins des pages imprimées, et tombent sur le bouquin qu'elle tient entre ses mains. Céline, Mort à crédit. Ne peux réprimer un franc sourire. Je croise les yeux de la fille qui, intriguée, se penche pour voir ce que je lis. Et sourit à son tour. Regards entendus.

J'aime bien les livres, parfois.

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09 octobre 2008

'Faudra tuer le père, faire entendre ta voix

Ouais, ben fallait p'têt commencer par tout sauf faire philo comme ton père, ma vieille. Nan mais c'est vrai, aimer ses parents à ce point-là, à mon âge, c'est pas normal.
Je sais pourquoi je les aime. Le seul point de repère fixe dans tout ça. Le reste autour, ça va ça vient, c'est joli c'est gentil, ça tient chaud quelques temps, ça a l'air de s'installer et puis le temps de cligner des yeux, ça s'est cassé la gueule. J'avais commencé à les détester comme il se doit bien sûr, mes parents, mais quand tout s'est barré il a bien fallu se raccrocher à quelque chose, et il n'y avait plus qu'eux. C'est con.
Aujourd'hui ça fait plusieurs soirs qu'à l'heure du coup d'cafard j'ai pas envie de prendre mon téléphone et d'appeler maman, parce que je sais que ça va se terminer par des cris, des pleurs, ou pire, des silences. Et maman qui panique, qui répète, mais Juliette dis quelque chose au moins, et moi qui m'obstine à me taire. Parce que parler ça sert rien, là. Il faut bien se rendre à l'évidence, maman est psy mais maman est aussi désemparée que toutes les autres maman quand sa fille l'appelle le soir parce que journée de merde et que ça va pas. Même si elle se fait croire à elle-même qu'elle maîtrise la situation.
Maman se trompe. Maman ne sait pas tout, même de ce qui se passe dans la tête des gens. Elle n'en a que des idées grossières, et pas toujours justes. Et moi, j'ai dix-huit ans bien sonnés, et on dirait que je viens à peine de me rendre compte de cette évidence. Chère, très chère Paris, très chers kilomètres qui me séparent de maman. Il était temps je crois.

J'ai l'impression de n'être pas moi. De n'être qu'un mélange de deux autres personnes, mon père et ma mère. Foutus chromosomes. Me rappelle le temps, terriblement proche d'ailleurs, où le besoin de me fabriquer rapidement des goûts précis et déterminés m'avait prise comme une peur-panique.
J'ai toujours l'impression de n'avoir pas vraiment de goûts définis, toujours en train de les chercher à l'aveuglette, de les voler tout faits aux autres autour de moi, toujours à m'habiller de façon aussi ne-ressemble-à-rien, du plus que banal au presque trop original en passant par le carrément moche, toujours aussi perplexe quand je commence un bouquin et parfois même quand j'en sors, perplexe pour ne pas dire complètement paumée quand je me balade dans les musées, perplexe à la première écoute d'un morceau de musique quel qu'il soit. Indéfiniment perplexe, devant tout ce que je croise. - Tu aimes ? - Heu...
Le plus amusant dans tout ça, c'est peut-être cette façon de se raccrocher à des choses que je ne suis pas sûre d'aimer réellement, mais qui, au moins, me donnent l'impression de n'avoir été volées à personne. Le grec ancien est certainement le meilleur exemple. Si vous saviez comme ces cours me cassent les pieds, et tout ce qui va avec. Mais au moins ce truc, j'ai l'impression que ça m'appartient. Un peu comme une verrue sur le bout du nez, vous savez. C'est moche mais ça sauve votre visage de la banalité. Et rien que pour ça, on y tient comme Harpagon à sa cassette (admirez la référence littéraire de merde, je l'ai même pas lue la pièce, mais bon j'trouvais la comparaison parlante.)
J'ressemble à rien, c'est clair. Une petite hystérique comme les autres, folie fade et banale, personnalité indéfinissable, pas parce que trop originale non non non, mais au contraire parce que trop inexistante. Le cul entre quatre ou cinq chaises. Y'a bien quelques trucs que j'aime vraiment, c'est sûr, en musique y'a ce bon vieux Souchon et puis ces tarés de Têtes Raides évidemment, 'puis quelques bouquins qui m'ont vraiment marquée, en tête je crois que ce sera bien
L'Amant de Marguerite Duras finalement, après le relief que lui ont donné les cours de Georges, et Le ravissement de Lol V. Stein. 'Puis La Nausée de Sartre, c'est clair. Aragon, Le Roman inachevé. Bref, quelques trucs par-ci par-là. Points perdus dans une immensité vide.
Mais ces temps-ci, je crois que même si, c'est sûr, la panique me reprend régulièrement, ce joyeux bordel que je suis me ferait plutôt marrer. Je ne suis rien, n'ai pas ou peu de goûts particuliers, et si ça ne vous plait pas ben j'vous emmerde les gars. J'ai la satisfaction d'être passée par le rejet puéril (attention ce mot n'est pas forcément péjoratif dans ma bouche), en bloc, de tout ce qui venait de papa-maman, d'avoir brièvement goûté à l'extrême opposé, d'être retournée pleurer dans les bras de maman, et puis finalement de m'être barrée une fois pour toutes, et de me rendre compte qu'aujourd'hui il me reste quelque chose de mon détour. Que papa-maman sont toujours présents c'est clair, mais plus tout à fait tout seuls. Qu'il y a d'autres choses, mêmes infimes, qui font partie de moi aujourd'hui, même si ce moi n'a ni queue ni tête. La satisfaction d'avoir croisé des gens sur mon simulacre de chemin qui, même si ce qu'ils m'ont apporté avait, pour certains, un goût franchement dégueulasse, ben m'ont apporté quelque chose justement, et quoi qu'il arrive ils seront toujours un peu présents d'une manière ou d'une autre, dans certaines choses que je ferai, que je penserai, que je vivrai même sans l'savoir. Les oublierai pas, tout simplement parce qu'on n'oublie pas ce qu'on est, on l'est c'est tout et puis faut faire avec. On n'oublie pas c'qu'on est et c'qu'on est, c'est ce par quoi on est passé, qu'on le veuille ou non. Les oublierai pas, ni l'amour que j'ai eu pour eux. Choses qui s'éteignent pas, même si la vie sépare, et je sais qu'elle le fait. Y'a pas de photo d'eux sur mes murs mais les photos elles sont là, incrustées dans ma chair comme des aiguilles qui vous façonnent, qui vous sculptent et fixent dans votre âme et votre corps la forme que leur a donné pour toujours leur passage.

Pas l'impression d'avoir mûri cette année, non, ni rien qui y ressemble. Le premier crétin d'adulte (et il y en a !) qui veut m'faire croire un truc pareil, je lui ris au nez. Parce que la dernière fois que j'ai eu l'impression d'avoir fait un pas en avant, le lendemain j'étais plus bas que terre.  M'y laisserai pas prendre deux fois. Suis toujours aussi paumée et j'le sais. Toujours aussi vide et ressemble-à-rien, toujours aussi loin de savoir qui je suis, loin d'être quelqu'un. Mais c'est comme ça, c'est tout. Je ne vois toujours pas l'avenir, non plus, mais j'ai plus trop envie d'y penser. N'avance à rien d'imaginer chaque jour des demain différents. L'avenir actuellement se limite pour moi aux quelques semaines qui s'annoncent. Refuse de voir plus loin. A défaut d'avenir, me reste le passé, et le présent. Fini le temps où je voulais en faire table rase, du passé. Pouvez me croire, vais retourner plonger mes deux bras dans sa fange. Et dans ses jolies choses. Parce que quand je lis des gens écrire qu'ils ont refait leur vie, tout bazardé et recommencé à partir de zéro, et ben y'a quelque chose qui me dit que même si quelque part j'aimerais en faire autant, bah c'est pas pour moi. Même pas sûre que ce soit vraiment possible pour qui que ce soit, d'ailleurs. Quant à moi, je suis ce que je suis et ce que je traîne derrière moi, et on a dû oublier à la naissance de me doter de  la faculté de l'oubli. Fuir le passé, me semble que ça serait me fuir moi-même, et je crois que j'ai au contraire besoin de me trouver, même si c'est pas gagné, et sûrement pas pour tout de suite. Mais peu importe, ça prendra le temps que ça prendra. Pour l'instant, suis une pauvre petite étudiante en philo sans personnalité fixe qui n'est pas sûre d'être à sa place, mais qui est là où elle est et puis c'est tout. E
t puis quelques personnes autour, on sait pas trop jusqu'à quand, c'est vrai la vie sépare parfois sans crier gare, mais pas envie d'y penser. L'avenir n'est long que de quelques semaines, hein. Tout ce qu'on sait c'est que parmi ces gens y'en a qu'on n'oubliera pas, et qui quoi qu'il arrive resteront plantés comme des aiguilles dans notre chair eux aussi. Peut-être même plus qu'on le croit. Quant à cette place introuvable, on la trouvera quand on la trouvera. Quand on se trouvera soi-même, etc. Laisser le temps au temps. Pas d'urgence. Le bonheur attendra.

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07 octobre 2008

'Pourrais vous raconter quoi ?

- Qu'hier matin dans le couloir des UFR de Clignancourt, y'avait un type de mon âge avec une barbe, étudiant de philo de la même année que moi, qui faisait la queue devant le secrétariat de géographie, en lisant un bouquin d'Artaud. Pour en finir avec le Jugement de Dieu. Haha.
L'espoir, quoi. Des gens bien dans cette fac, je l'savais !

- Que je ne suis pas loin de croire que mon actuel livre de chevet est absolument génial - ouah, que de grands mots, légère exagération sûrement. Pas que j'le descende particulièrement vite pourtant, non, je lis toujours aussi lentement ; mais ça me retourne, un peu. A tel point qu'après avoir lu quelques pages, je lève les yeux, non pas parce que le texte m'emmerde, mais parce qu'il m'évoque tellement de choses que ça se bouscule dans ma tête, toutes sortes d'images, des visages, des souvenirs plus ou moins lointains qui se déversent, une foule désordonnée qui vous piétine le cerveau ; et parfois comme quelque chose au bord de s'effondrer, l'envie de fermer les yeux  et de serrer les dents pour ne plus voir tout ça, chasser, faire le vide ; l'impression que si ça reste une seconde de plus on ne pourra plus tenir sur ses pieds, mais comme si la perte d'équilibre imminente, la chute, le redressement in extremis, cette affaire d'un instant, cela durait pourtant, s'installait sur de longues minutes.
Le bouquin : Louis Calaferte, Septentrion.

- Que je me demande si je vais lire ou non l'Histoire de la folie à l'âge classique de Foucault. Il me fait de l'œil depuis mon étagère, ce petit pavé de cinq-cent cinquante pages. Jamais lu un aussi gros machin de philosophe. Ça me tente franchement. Sérieusement intéressée par le sujet, et puis ça serait en lien avec mon cours de philo générale - que du bonus, apparemment. Mais, ça voudrait dire, un petit bout de temps sans lire de littérature. Idée qui me déplaît. M'inquiète, presque.  A voir.

- Qu'encore une fois, je parle de tout par ici sauf de l'important, sauf de certaines choses dont j'aimerais parler depuis des jours, des semaines peut-être déjà. L'écriture. L'estime de soi. L'impression d'avoir grandi dans un mensonge, un mensonge rassurant. Et pourtant, pas de Dieu. Me demande si ce sentiment est partagé par quelques uns, par beaucoup, par tout le monde. Me souviens que quand j'étais gamine, je me disais que ce qui nous arrivait de réel dans la vie, ça n'avait finalement pas d'importance, puisqu'il y avait l'imagination, puisqu'avec elle on pouvait vivre tout ce qu'on voulait. Et l'imagination, en ce temps là, ça n'avait rien à voir avec quoi que ce soit d'artistique, de créatif, rien à voir avec l'originalité. Pas de pression, pas de regard. Ça n'avait à voir qu'avec le bonheur. Oui, c'était vraiment chouette, la vie par procuration, à travers les peluches et les playmobils, les longues lettres qu'on écrivait au cousines pour leur raconter tout ce qui se passait dans ce fameux ranch caché sous mon lit, auquel je ne touchais pourtant jamais. La littérature jeunesse, aussi. Je crois que j'ai arrêté de lire quand les livres ont arrêté de me raconter ce que j'avais envie de vivre, ne m'ont plus permis de vivre à travers eux, d'y trouver la vie que la réalité ne me donnait pas.
Aujourd'hui, les livres qui me marquent sont ceux qui me racontent ce que j'ai peur de vivre. Je veux dire, qui me terrifie. Ce dont on m'a toujours dit, ça n'arrive qu'aux autres. Ce qui m'est un peu arrivé ou pas du tout, qui me recroqueville comme un fœtus le soir sous ma couverture, un oreiller étouffé entre mes bras. Qui me fait accrocher au dessus de mon lit un petit poème d'Aragon qui parle d'amour, comme dans l'espoir que ces mots me protègent. Qui me fait sortir comme malgré moi des pièces de mon porte-monnaie quand un type demande de l'aide dans le métro, même si je sais très bien que son discours attrape-pitié est à moitié faux - et alors ? Il ne faudrait offrir son aide qu'à ceux qui savent exprimer leur souffrance avec habileté et retenue ? Il faudrait que ça se mérite, l'aide, quand on est dans la merde ?
L'imagination m'a abandonnée. J'ai eu beau lutter, je me suis lassée de vivre dans son cercle. Un jour est arrivé où je n'y arrivais plus. Comme un vieillard n'arrive plus à bander. Mes jouets petit à petit ont disparu de ma chambre. Quand j'y pense, elle est tellement vide, aujourd'hui. Je me suis tournée, souriante, vers la réalité. Bras ouverts. En sont revenus avec quelques bleus, comme chacun sait. Ne pensais pas que la réalité avait une surface si rugueuse, si pleine d'aspérités. Ce n'est pas qu'il ne m'est rien arrivé de bon, oh non, pas du tout. C'est simplement que la réalité n'a pas la même texture que l'imagination. Elle est d'une autre nature. Comme quelque chose de plus sec. Ce qui y arrive de bon n'y arrive pas de la même façon que dans les histoires que se racontent les enfants. D'une façon plus complexe, moins uniforme. Qui demande à être apprivoisée, et c'est un travail qui n'est pas toujours simple.

(Et comme je rate toujours la fin de mes articles, celui-ci n'en aura pas !)
 

Posté par Altawabi à 16:52 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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