29 septembre 2008
Rentrée.
Encore un article détestable qui ne parviendra pas à exprimer ce qu'il devrait.
N'aime pas cette police d'écriture qui rend tout trop rond et trop lisse.
Retour ce matin sur les bancs tristes de l'amphithéâtre. Bois étroit des tables, gribouillés au stylo ou au blanc. Absence de fenêtres. Lumière jaunâtre, électrique. Éclairage peu convaincant. Filets au-dessus de nos têtes, qui retiennent quelques débris du faux plafond. Voix ennuyeuse et ennuyée de notre faussement jeune et cool monsieur T. qui explique avec son habituel vite fait-bien fait d'intello conscient de l'être le fonctionnement bancal de cette grosse machine patibulaire que l'on appelle l'Université de Paris IV - Sorbonne.
A l'entrée, devant les portes vitrées de la bâtisse informe, un visage à peine connu, fondu dans un groupe d'anonymes. Me semble que son prénom doit être Kévin, comme j'avais fini tant bien que mal par le deviner l'an passé. En Licence 3 de philo s'il a eu ses exams, encarté à l'UNEF, avait il fut un temps une copine dont le père était PDG ou droitard, quelque chose comme ça. Sais pas si c'est toujours d'actualité. Voilà en tout cas à peu près tout ce que je peux associer à ce visage. Me souviens que le type m'avait promis un bisou si je votais pour l'UNEF aux élections du CROUS. Attends toujours.
Gentillesse habituelle du
type-au-visage-duquel-j'associe-sans-en-être-sûre-le-prénom-de-Kévin.
Regards croisés, esquisses de sourires polis il me semble. Mes yeux se
détournent par réflexe vers le bout de mes chaussures tandis que je
m'approche inévitablement du groupe de personnes dont il fait
momentanément partie. Relève les yeux pour m'informer de la suite ou
non des événements. Le type semble s'écarter du groupe. Ne vais donc
pas continuer mon chemin en ligne droite vers la porte et entrer dans
le bâtiment, mais faire un léger détour pour dire bonjour. Une bise.
Deux. Sans doute, les habituels "ça va ?"
Brève
conversation. M'étonnant presque d'entendre des mots sortir de ma gorge
comme aussi naturellement, lui demande ce qu'il fait là, alors que la
troisième année se déroule dans le quartier latin, si mes souvenirs
sont bons. Venu chercher les résultats des rattrapages de septembre,
apparemment. Tout s'explique. Croit que je suis là pour ça, aussi. Non,
réunion de rentrée. Le truc qui sert à rien, oui. Le type à l'air d'en
savoir autant sur moi que moi sur lui, c'est rassurant.
L'entretient dure en tout quelques secondes, à peine. Kévin, ou quel que soit son prénom, déclare voir arriver dans la foule des étudiants une amie à lui. Sens que d'ici peu je ne vais plus trop savoir ou me mettre. Trop de gens se pressent devant les portes, on peut difficilement bouger. Surtout moi qui n'ai jamais bien su quoi faire de mon encombrante enveloppe corporelle.
Une voix derrière moi me sauve provisoirement de la gène. C'est Florence. Et Elie. J'abandonne Kévin ou celui à qui je crois pouvoir attribuer ce prénom, sans oser une parole ou un regard de plus. Echange presque naturel et légèrement plus fourni avec mes deux sauveurs. Vaguement enjoué. Mes vacances, j'ai fait ci, j'ai fait ça, oui c'était bien, et vous ? Mais l'amitié de longue date des deux autres et ma bien connue incapacité totale à entretenir une conversation me reconduisent assez rapidement dans le même état de détresse auquel ils m'avaient permis d'échapper de justesse quelques minutes auparavant. Peut-être devrais-je rire lorsque l'un des deux dit quelque chose qui semble devoir être considéré comme amusant. Je le tente une ou deux fois mais ne suis pas bien sûre qu'ils aient même remarqué. Parlent d'une course de seize kilomètres à laquelle Elie aurait participé récemment. L'idée me vient vaguement à l'esprit qu'il me faudrait peut-être m'intéresser, demander des précisions, si Elie fait de la course depuis longtemps, par exemple. Pas même certaine que l'idée ait dépassé le stade du machin trop flou et trop informe pour qu'on puisse ne serait-ce qu'envisager de le réaliser. Arrivée, alors, de quelques inconnus de moi mais pas de Florence et Elie, qui n'ont pas l'air de considérer que je participe à la discussion. Chose dont on peut difficilement les blâmer. Décide alors qu'il est peut-être temps de m'éclipser.
Entre dans le bâtiment. A l'intérieur, pas de visages connus. Erre
un peu parmi la foule. Irais bien voir les horaires des cours affichés
devant le secrétariat, mais trop de monde agglutiné devant le tableau, flemme de jouer
des coudes. Vais faire un tour du côté des amphis. Sais même pas dans
lequel a lieu la réunion. Passe au toilettes, histoire de tuer le
temps. Trouve cette dernière idée particulièrement ridicule, et moi
avec, mais tâche de ne pas trop y penser.
Retour vers le
secrétariat. Y trouve Elie. Très étonnant de m'entendre à nouveau
parler. Ma voix demande, alors que je connais déjà la réponse à cette
question, si c'est bien là que sont affichés les horaires. Elie répond
que oui, et une quantité de choses dont je ne me souviens plus mais qui
m'ont fait du bien, un peu. Juste parce que la quantité, débitée sur un
air absolument normal. Aime qu'on me parle. Me donne l'impression
d'être une personne comme les autres, digne qu'on lui adresse la
parole. Rassure un peu.
Bientôt, l'heure de la réunion.
Entrée dans l'amphithéâtre. N'ose
pas suivre Elie et Florence jusqu'au fond de la salle. Grave erreur. Ne
sais pas encore que je vais passer une heure et demie à le regretter.
Espère voir arriver Rapahaëlle qui, avec un peu de chance, viendrait me
tenir compagnie. Mais non. M'a-t-elle vue, en entrant ? Je la vois
gagner, elle aussi, le fond de la salle. Et moi qui suis coincée là,
sur mon banc, au deuxième rang.
Réunion soporifique, comme il se doit. Apprends quand même un ou
deux détails intéressants, du genre dates de début des cours. Peut être utile. Crois
croiser à un moment le regard de Florence, et un sourire compatissant.
Vague réconfort. Un peu plus tard, peut-être un sourire poli de Thomas
qui m'aperçoit depuis l'estrade, où il est venu dire un petit mot en
tant que représentant de l'UNEF. Pourtant, du mal à croire que ces sourires puissent bel et bien m'avoir été destinés, à moi. Il doit y avoir erreur.
Petit à petit, des gens se lèvent et s'en
vont. Florence. Elie. Suis toujours coincée sur mon banc. Vois sortir
Rapahaëlle. Voudrais me lever, une fille assise entre moi et
l'extrémité extérieure du banc choisit ce moment pour poser une
question. Ne peux décemment pas la faire lever maintenant. Raphaëlle
passe et me fait signe de loin qu'elle a cours à Malesherbes. Je dois y
aller aussi, chercher les horaires de latin, mais pas le temps de le
lui dire. Elle s'en va.
Sans moi.
28 septembre 2008
(En attendant.)
Oscillations. Toujours les mêmes. Insupportables. Celles que j'appelais aussi, écartèlements perpétuels de l'esprit - et entre les deux extrémités de la corde prête à craquer sous mon crâne meurtri, où suis-je ?
La force, dans l'horreur de ces mots, ces mots qui disent le néant, la déchéance absolue ; oh la force ! Jouissance indiscutable à la lecture. Et le dégoût qui me prend alors pour ces pages trop blanches, qui cherchent trop à se maintenir comme à la surface, je veux dire celle où l'on peut encore respirer. Mais ce monde est irrespirable, messieurs ! Mépris pour ceux qui veulent encore faire croire que tout va bien. Mépris pour moi d'abord, moi qui cherche la sérénité, c'est à dire le mensonge !
Et puis l'autre bout de la corde qui tire. D'un coup. Arrachement brusque d'un ou deux neurones, sans doute.
Relâche de toute tension, de toute raideur. Le rire n'est pas de mise. Et les yeux, en forme de prière. S'il vous plaît, baissez la garde un instant. Regardez un peu, là, au fond de vous-mêmes, ce que demande cette crispation du ventre : ce n'est pas l'amertume, le cynisme, la plongée dans les gouffres insondables de l'horreur. Non : c'est le repos. La main sur l'épaule, qui apaise.
Puis, au lieu de cracher de haine, je pleure un peu.
Ecris dans ma tête quelques lettres d'amour, à deux vivants et trois fantômes.
Mais l'autre bout de la corde qui tire à nouveau...
26 septembre 2008
C'est pas encore aujourd'hui que je l'écrirai, ce putain d'article de merde.
(Mais ça viendra.)
18 septembre 2008
(ASSASSINAT.)
« Ce texte parlera de Moi. C’est que, voyez-vous, je ne sais parler de rien d’autre ; certains d’entre vous le savent bien, même si, peut-être, ils ont fait mine de l’oublier.
Cette lettre sera sans doute plus difficile à écrire que je ne le prévoyais. Il me semble, aux tremblements muets de mes mains face à la page blanche, que j’ai dû développer des défenses bien plus redoutables que je ne le croyais contre cette sorte de mouvance ingrate en moi, sur laquelle j’ai peine à déposer le mot de « sentiments. » Oui : la consonance de ce terme, et sans doute avec elle les lambeaux de sens qu’elle laisse affleurer au seuil de ma semi-conscience, me dégoûte, ainsi associée à cette image aveugle.
C’est que le mot, je crois, est ici totalement inapproprié. Le jour où j’annonçais amèrement que je n’avais plus de sentiments, on me répondait que cette annonce même en débordait. C’était faux. Il faut être un imbécile pour croire que l’amertume est un sentiment. Elle est tout le contraire. Précisément : elle en est le négatif. Le retournement dénaturé en quelque chose qui veut, diaboliquement, en nous et malgré nous, massacrer son être originel, pour n’en laisser qu’un odieux visage grimaçant, condamné à l’agonie éternelle. – Une force obscure, contre laquelle, malheureusement, on ne peut rapidement plus rien.
L’amertume est une maladie sournoise et incurable. Je pourrais ajouter avec un peu de cynisme que ce qu’elle a de pire, c’est de ne pas tuer. Mais je serai honnête : j’aime mieux une vie amère que pas de vie du tout. Pourtant je ne souhaite l’amertume à personne, quoique certains ne réaliseraient peut-être pas leur malheur. Je la vois comme un gros champignon vénéneux qui plante un beau jour son pied dans un recoin sanguinolent de votre âme, et qui pousse, qui grandit, jusqu’à envahir votre regard tout entier. Car c’est cela, l’amertume : une certaine qualité, défensive, du regard ; qui le corrompt. Ce n’est pas de la tristesse (la tristesse, elle, a la pureté du sentiment.) C’est une forteresse entre soi et soi, un rempart qui empêche de goûter à la vie.
L’amertume ne fait pas pleurer. Elle fait rire. Sans doute d’ailleurs fait-elle d’abord rire de soi-même, devant le spectacle cruel d’une entaille profonde qu’un caprice du temps a creusée dans notre propre chair. Car comment réagir autrement, si l’on veut continuer de vivre, lorsque la cicatrisation se fait trop lente ? Il semble qu’il faut mépriser la douleur, et le rire est ce mépris. Cependant, prenez garde : de rire de son propre malheur à rire de celui des autres, il n’y a qu’un pas.
Mais tout ceci est encore trop simple. L’amertume ne naît pas seulement de la vision de nos blessures, il faut encore que la raison s’en mêle, et le regard d’autrui. Souffrez en silence – ou en riant, c’est tout un –, on admirera votre force de caractère. Mais exprimez vos malheurs, vous vous attirerez le mépris. (Je tiens ici à ouvrir une parenthèse, pour rendre hommage aux âmes bienveillantes, qui ont compris que ce mépris était une faute. Car elles existent. Et si je caresse encore parfois le fol espoir de me guérir un jour de mon amertume, c’est à elles que je le dois. Je les en remercie, beaucoup ; et tâche chaque jour de leur ressembler, autant que je le peux.) [...]
(Inachevé - et dépassé -, 28-31 juillet 2008)
05 septembre 2008
(Je ne sais pas trop d'où remonte, tout à coup, le souvenir de ce film.
J'ai eu du mal à choisir, mais enfin ; puisqu'il en fallait une, disons que ce sera celle-là.)
04 septembre 2008
Et ben, voilà que je retrouve un vieux texte...
Je me souviens l'avoir détesté.
Ce soir, je crois que je l'aime bien...
Oh ! agréable, de se sentir comme réconciliée avec ses propres mots...
Relu pas mal de vieilles pages de ce blog ; impressionnée par l'enthousiasme qui les animait, au début de l'année de terminale. Le courage aussi, sans doute. Le courage de faire vivre ces sourires que j'ai abandonnés, il y a quelque chose comme un an, sans doute, à peu près. Enfin, je ne sais plus. En terminale aussi, j'ai eu des passages à vide...
Retrouvé cette chanson aussi...
C'est dingue comme elle ne m'a sans doute jamais autant parlé, moi dont la vie et l'identité me semblent plus éclatées que jamais, aujourd'hui ; et ce passé qui ne m'a jamais semblé aussi compliqué, riche et indécryptable (il faut dire, il n'a jamais été aussi long - mais ça, on peut le dire à chaque moment de la vie.)
C'est dingue aussi comme elle est déchirante.
Et pourtant, ce soir, je l'écoute ; elle me parle ; mais, j'ai envie de sourire.
(Et puis pour une fois, je n'ai presque pas honte de poster un article si bête !)
03 septembre 2008
Et sur l'un de mes bras, une montre, mais comme de dessin animé
Cette nuit, je me laissais pendre par les bras à une barre de fer horizontale, suspendue à je ne sais trop quoi ; rien, sans doute. Assise en tailleur dans le vide, j'avais, je crois, sur le visage, une grimace inquiète. Voire terrifiée. Habituel. Et puis, mes bras, tout à coup, se sont mis à s'allonger, par à-coups ; comme de la guimauve un peu, ou du caoutchouc. Quand ça s'est arrêté - ç'a été très rapide -, ils mesuraient trois mètres de long. Et moi je pendais toujours, mais plus bas que terre, que le bitume.