Altawabi's blog II

Naissance d'un nouveau blog, d'un nouveau chez-moi. D'un nouveau moi ? Non. Jamais. Je suis ce que je suis et ce que je traine derrière moi, hein. Comme toujours. Ça, ça n'a pas changé, et ça ne changera pas. Non, c'est juste que... je déménage.

16 juillet 2008

Toujours II

(Il y avait cette phrase qui me torturait : la sincérité n'est pas une excuse à la médiocrité. Difficile, sans doute, de ne pas y croire. Et nécessaire, aussi, peut-être : il s'agit de ne pas croire valoir ce que l'on ne vaut pas. Mais je crois avoir compris, et je ne cherche pas d'excuse - "mais exactement le contraire d'une excuse : le pardon." Je ne tricherai plus. Alors voilà, et peu importe ce que cela vaut, n'est-ce pas. Là n'est pas la question.)


Toujours a changé de sens
Une fois de plus
C'est écrit à la craie sur le bord des falaises
C'est beau mais jusqu'à quand

C'est écrit dans les livres
Les mélodies ou le charbon
Dans un visage
Mais qui s'efface encore, pardon

Tu sais,

Y'en avait tellement des visages
Je les croyais bien accrochés
A m'efforcer à la vie sage
J'ai à peine vu le tien passer

Désirs qui vont qui viennent et puis
Le corps entier qui se détache
On choisit pas les trains qui passent
Les sales amours qu'on ramasse

Enfin, j'entends toujours le temps s'étendre
Ce battement de cœur tambour toujours autour de moi

Bien sûr, elle est trop loin trop raturée la fin
Mais je crois pas que tu sois sur le quai
Oh, ça ne fait rien

(Moi si Cozette elle est partie
Je crache à la gueule de l'oubli
A la gueule de l'espoir, à la gueule
Des bonheurs endormis)





(Et puis, c'est vrai, je ne peux qu'avouer que ce type est un poète.)

Posté par Altawabi à 14:52 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


04 juillet 2008

A chercher ces portes qui donnent vers le ciel

J'ai aimé les chansons. Celles qui ont le goût de ces histoires que l'on se raconte sur les quais de gare, en regardant les trains partir. Le goût d'un petit trou dans le cœur, qu'on n'abandonnerait pour rien au monde, la pensée en voyage, bien au chaud parmi les cousins qui rient et jouent de la guitare. Toutes ces images qui défilent sur tous les écrans et entre toutes les pages, depuis toujours peut-être. Qu'on réinvente chaque fois pour nourrir les imaginaires indigents. Le mien est de ceux-là. Et l'art, ça n'était rien d'autre que cette capacité à voir dans les images les plus banales et même les plus gnan-gnan quelque chose qui ouvre sur une immensité

.
Je me suis inventé des histoires qui ne sont arrivées à personne, mais que beaucoup ont cru vivre. Cent fois j'ai cru que ma vie commençait. Cent fois, elle a eu le goût amer d'une aventure qui n'en est pas, de la fadeur du temps qui sétire sans vraiment choisir de direction. De ces jours qui se succèdent d'une façon à nous rendre de plus en plus ardue la tâche d'y trouver du sens.

Du sens, je me suis acharnée à en voir. Trouver un progrès, une histoire, des causes, des effets, et surtout, une fin. Une solution. Je l'ai écrite, l'histoire. Mais après la fin, ça n'était pas fini. Tout continuait. Le temps filait encore, apportant à nouveau avec avec lui mille et une poussières qui s'immisçaient entre moi et ma vie, qui m'empêchaient encore de la saisir à pleines mains, de faire corps avec elle. Ma vie m'échappait toujours.

Alors, petit à petit, je crois que j'ai abandonné. Renoncé. Ou peut-être est-ce le courage qui s'est mi peu à peu à me manquer, je ne sais pas. Cela s'est fait doucement, sans crier gare. J'ai voulu voir la vie brute, son chaos, son déploiement aveugle et arbitraire. Sauvage. J'ai tout arrêté. J'ai laissé le monde prendre le dessus. Je n'avais même plus envie de le recouvrir de mots. J'essayais encore, comme par habitude, mais sans y croire. La conscience de l'artifice était de plus en plus intense ; écrire n'était plus qu'un jeu, un à côté de la vie presque futile, que je me regardais pratiquer avec le recul d'un sourire  ironique, où persistait pourtant un fond de sérieux, comme la conscience d'un drame, d'une angoisse qu'on ne pouvait renoncer à calmer, tout en sachant que c'était impossible.

J'ai haï mes mots. J'ai voulu les étouffer, les assassiner. Imposteurs. Voilà ce qu'ils étaient. Ma rage, ma rancune était immense certains soirs. Le vide, leur impuissance me dévorait. J'ai bien tenté de leur faire dire la vérité. Au lieu d'inventer des solutions, leur faire cerner le problème. Mais le problème est trop vaste, trop profond, trop épais, trop présent, trop intense, trop vécu tout simplement, pour se laisser saisir par les mots. Je me suis acharnée à leur faire prendre cette nouvelle direction, et j'en suis morte de fatigue. La sueur perle encore sur mon front, et elle a un goût amer. L'absurde, la lucidité à tout prix est une torture, qu'on le veuille ou non. C'est à la fois un voyage sans retour, et impossible à vivre jusqu'au bout.

Et voilà qu'aujourd'hui, je retrouve avec nostalgie, et comme un triste soulagement, ces chansons que je me souviens avoir aimé. Avec nostalgie, mais une nostalgie qui me dérange, à cause du mépris que j'ai eu depuis pour cette façon trop connue, trop roman-de-gare peut-être, d'assembler les mots et les notes de guitare (et qui me ressemblait trop.) Ce mépris, surtout, pour ce manque de lucidité, cette innocence naïve du poète, jusqu'au risible presque. Ma foi en l'absence de Dieu m'interdit d'entendre de tels mots, qui font croire à une sorte d'absolu.

Et pourtant.
Pauvres fous que nous sommes.

Posté par Altawabi à 21:37 - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

(On n'est pas tous des oiseaux, c'est vrai)

J'en ai assez. Je relis mes conneries, et je pleure. (Et puis je me dépêche de sécher mes larmes de gamine capricieuse, parce que je sais que je suis ridicule.)

    "Il y a de cela une éternité, me semble-t-il, que j’ai cessé d’écrire. J’en viens parfois à me demander si j’ai même commencé un jour. Pourtant, je me surprends encore, de temps à autres, à poser un regard attendri, et comme empreint tout à la fois de naïveté enfantine et d’une étrange nostalgie, sur un tapis de feuilles rousses qui couvre les trottoirs d’une avenue de Paris, ou sur les reflets colorés qui habillent certains soirs la surface lisse des eaux de la Seine… 
    Comment, lecteur, vous ne riez pas ? Votre impassibilité m’effraie. Ce n’est pas même que je vous le permets, mais bien que je vous ordonne de rire à la lecture d’une telle phrase. Je vous l’ai dit : j’ai arrêté d’écrire, il y a bien longtemps. Une telle littérature ici ne peut être que mauvaise, et prêter à moquerie. Soyez donc un peu plus réactif.

    Mais cette malheureuse phrase qui vient de m’échapper, manifestation même de l’un de ces égarements ridicules qui me prennent parfois, saura peut-être après tout m’être utile : dans son double aspect spontané et risible, elle fournit un exemple remarquable de la contradiction qui m’accable, celle-là même dont je cherche à vous parler : c’est que je suis aussi incapable d’écrire qu’incapable de ne pas écrire.
    Comprenez-moi bien. Ces mots ne sont pas de la littérature, parce que je n’ai jamais réussi à écrire. J’ai fait glisser ma plume sur les pages lisses de mille et un cahiers, j’ai noirci du martèlement de mes doigts sur un clavier un nombre incalculable de fichiers informatiques ; mais je n’ai jamais écrit. Au cours de ce voyage à travers les mots, du bout de ma plume, je n’ai su que toucher l’horizon de ma propre médiocrité ; et j’ai appris à la connaître. J’en sais aujourd’hui les moindres recoins, les contours, les formes, les visages. Et je l’ai vue, je l’ai sue indépassable."


Cette constatation est la bonne. Je n'en vois pas d'autre possible.  

En regardant autour, un simple mail me tue de sa justesse dans l'assemblage des mots - sobriété et et équilibre, c'est à n'en pas croire ses yeux de mauvais lecteur.

Et c'est encore entre deux eaux.
Incapable d'abandonner autant que d'aboutir à quoi que ce soit.
Vais-je m'acharner ? Et jusqu'à quand ?
Ou vais-je un jour déposer les armes ?
- Je me demande bien quelle solution serait la plus stupide.

"... A retirer de mon ami le bœuf, l'animal travailleur et besognant, le fabricateur de bouquins à un mot par heure, on se trouve en tête à tête avec un être si ordinairement doué, si peu doté d'une originalité !"
- Ah, mon pauvre ami, comme je me crois en mesure de comprendre. A un degré plus bas. Le degré de l'oubli.

Posté par Altawabi à 18:04 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

03 juillet 2008

Il faudrait, à chaque livre refermé, avoir l'impression qu'on ne pourra plus jamais rien lire d'autre.

Posté par Altawabi à 10:02 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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