26 juin 2008
Il y a cette musique qui me serre un peu le cœur. D'une beauté si simple, qui désarme. La voix qui semble sans cesse sur le point de s'éteindre. Ce chant comme un dernier souffle, éternellement. Qui sombre doucement, sans bruit, dans la mort, et l'oubli. A l'arrière, la guitare comme seul soutient, fragile mais constante, humble et discrète, mais imperturbable. Qui fait tout ce qu'elle peut, amitié sincère, sans failles, précieuse ; mais qui peut peu. Impuissance qui ne renoncera pas. Comme on vous tient la main jusqu'au dernier instant sur votre lit de mort.
Ce n'est pas un désespoir tapageur. C'est un drame simple, ni caché, ni affiché ; qui se contente d'être. Pas de cynisme. Pas d'appel au secours. Un simple regard sur cet aspect douloureux de la vie, que l'on connaît tous - semble-t-il. Regard qui ne demande rien. Au contraire : qui offre. Une poésie sombre, mais sobre. Au premier abord, on pourrait presque croire à à une mélancolie qui demeure légère, malgré tout ; peut-être même heureuse, dans le fond. On écoute : c'est beau, c'est tranquille ; cela berce...
Et puis, c'est deux coups de poignard dans la poitrine.
19 juin 2008
Mais si on passe sa vie à briser des miroirs
Parce qu'on a rien compris à c'qu'on a pu y voir
C'est p't-êtr' parce que c'est comme ces airs de musique tendre
Ça vous tire sur le cœur sans qu'y'ait rien à comprendre
14 juin 2008
Ignée
((Avant-propos :) RIRE OU NE PAS RIRE : TELLE EST - PEUT-ÊTRE - LA QUESTION)
"Et ce ne sont pas seulement les objets extérieurs, ce sont aussi nos propres états d'âme qui se dérobent à nous dans ce qu'ils ont d'intime, de personnel, d'originalement vécu. Quand nous éprouvons de l'amour ou de la haine, quand nous nous sentons joyeux ou tristes, est-ce bien notre sentiment lui-même qui arrive à notre conscience, avec les mille nuances fugitives et les mille résonances profondes qui en font quelque chose d'absolument nôtre ? Nous serions alors tous romanciers, tous poètes, tous musiciens. Mais le plus souvent, nous n'apercevons de notre état d'âme que son déploiement extérieur. Nous ne saisissons de nos sentiments que leur aspect impersonnel, celui que le langage a pu noter une fois pour toutes parce qu'il est à peu près le même, dans les mêmes conditions, pour tous les hommes."
Henri Bergson, Le rire.
Aller plus loin dans la complexité du sentiment.
Profondeur ?
Tout dans une phrase. Un mot. Brève
: Croire comprendre
"Mais les artistes
Saint-Vincent, ça n'existe pas"
- (muet)
(Nietzsche ?) : "Je me penchais, je prenais dans la boue
Une brassée de branches et de feuilles,
J'en soulevais la masse, qui ruisselait
Dans mes bras resserrés contre mon cœur."
(La grandeur de l'homme, c'est de rater sa vie)
..............................
(Vanité) : Sonnet :Tortue tordue aux quatre cordes en désordre
La tête s'est tue du poète trop têtu
Qui chantait encore mort - tenterai-je d'y mordre
Au corps pour voir éclore un mot inattenduFenêtres entr'ouvertes volets révulsés (Rien à voir.)
Ô l'éther éphémère, ô l'enfer du bitume !
Frêles pôles fantômes - et l'or du chant d'Orphée
Cessant là d'osciller vacille et se consumme.
Echec -
(Ici ce vers manquant, silence - asphyxie même) Il est mort le poète - et l'on n'écrira plus ! (Trop clair)
Narcisse a pris la plume : bien vain qui se tue
A cueillir échappées ces bribes d'immortel.
On choisit pas les trains qui passent
Les sales amours qu'on ramasse
........................
"Je n'ai jamais été, je ne suis pas et je ne serai jamais
[..... (Est-ce vrai ?)
quelque chose de moins spontané et de plus amer,
je ne sais quel pessimisme naissant qui s'affirme de plus en plus
à mesure que le rieur raisonne son rire
mais
LA VIE EST ICI.
08 juin 2008
(Stop)
Corot - Quai des Paquis.
03 juin 2008
Nusquam est, qui ubique est. (C'est n'être nulle part que d'être partout.)
J'essaye de me dire qu'il y a sans doute du vrai, dans cette phrase de Sénèque. Je n'irai peut-être jamais à Prague, je ne parlerai peut-être jamais d'autre langue que la mienne ; je ne pourrai peut-être jamais raconter, comme Gabriela, ce que j'ai vu dans toutes les villes d'Europe ; je ne partirai sans doute jamais, comme Oxana, m'immerger seule dans un monde où tout me serait étranger.
Mais peu importe. Peut-être est-il plus sage de ne pas le regretter, et de taire un peu cette soif d'horizon que rien, sans doute, n'étanchera jamais.
Gwendoline me parlait de dessin tout à l'heure, sur les quais de la Seine, avec des airs passionnés ; ça me plaisait. Sans nostalgie, sans envie : simplement, ça me plaisait. Je me dis que ça doit être chouette, de savoir dessiner ; je me rappelle que ça doit être chouette, de savoir jouer de la guitare ; mais il n'y a plus ce sentiment d'urgence, cette panique désespérée à l'idée que moi, je ne sais faire ni l'un ni l'autre.
Peut-être commencé-je à me dire, tout simplement, que moi, je saurai faire autre chose. Ni rien de mieux ni de moins bien : autre chose. Quelque chose de moins concret, qui ne doit pas laisser de trace à la postérité ; quelque chose de voué à l'oubli. Quelque chose qui ne se matérialise pas dans des œuvres. Mais quelque chose quand même.
Tranquillité sous le ciel gris du jardin des Tuileries, dans le plaisir d'être en bonne compagnie, malgré les révisions de partiels en retard.
Et je ressors mon Sénèque, quelques phrases lues à la bibliothèque :
"Abondance de livres, tiraillement pour l'esprit. Ainsi, puisque tu serais hors d'état de lire tous ceux que tu pourrais avoir, contente-toi d'en avoir autant que tu peux en lire."
"Mais, si tu accordes sérieusement la qualité d'ami à quelqu'un en qui tu n'as pas juste autant de confiance qu'en toi, ton erreur est lourde et tu as mal pénétré le caractère de la véritable amitié. Ne manque pas de délibérer sur toutes choses avec ton ami, mais auparavant délibère avec toi sur lui-même. [...] Une fois la décision prise, accueille-le de plein cœur. Converse avec lui aussi hardiment qu'avec toi-même. [...] Pourquoi donc, en présence de mon ami, aurais-je la moindre réticence ? Pourquoi, lui présent, ne me croirais-je pas seul ? Certaines personnes débitent à tout venant ce qui ne se confie qu'à l'amitié ; toute oreille leur est bonne pour écouler le secret qui leur pèse. D'autres inversement tremblent de se découvrir à ceux qu'ils chérissent le plus. S'ils le pouvaient, ils ne se fieraient pas à eux-mêmes ; tout ce qui ressemble à un secret, ils le refoulent en leur fin fond. Evitons ces extrémités : c'est un tort de se confier à tout le monde ; c'est un tort de ne se confier à personne."
"'Envoie-moi, dis-tu, ces bonnes choses dont tu as apprécié l'effet pour ton compte.' Eh ! Certes, je ne demande qu'à faire passer toute ma science en toi. D'une façon générale, si j'aime à apprendre, c'est pour enseigner ; et jamais je ne m'intéresserai à aucune nouveauté, même à une pensée belle et utile, si je dois être seul à profiter de mon savoir. Suppose que la sagesse me soit donnée, sous réserve de la tenir enclose et de ne pas divulguer ses sentences, je la rejetterais."
(Lettres à Lucilius, Livre I, lettres 2, 3 et 5.)
J'aime la simplicité de la sagesse de ces mots ; je les aime aussi pour ce qu'ils ont de personnel, non simplement jetés au monde, pour quiconque voudra bien les lire ; mais bel et bien écrits a l'attention de quelqu'un de tout particulier, d'un destinataire qui a toute l'épaisseur d'une personne, d'un ami enfin. Sagesse simple et concrète née d'un échange entre deux êtres humains ; humanité qui passe d'une âme à une autre, amitié qui se tisse ; la vie dans ce qu'elle a de meilleur à donner - à mon avis.
